Sokhna Diarra Bousso

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A notre connaissance, Sokhna Diarra est la seule femme dans l’histoire de l’Islam à bénéficier d’une Ziarra (Magal) et d’une telle aura. Cette ziarra croît d’année en année en ampleur, en importance et en nombre de pèlerins.

Il est peut-être bon de signaler que, contrairement à tous les autres Magal qui commémorent un événement relatif à la vie de la communauté, celui de Porokhane ne correspond à aucune circonstance. Il n’a pour but que de rendre hommage à la Sainte Mère du Maître Vénéré Khadimou Rassoul. Ainsi, quand tous les autres Magal ont lieu à une date fixe de l’année, déterminée en fonction du calendrier lunaire, celui de Porokhane peut avoir lieu à n’importe quel moment de l’année. La détermination de la date à laquelle il se tient est du ressort de la famille de Serigne Bassirou MBACKE, évidemment avec l’aval de Serigne Saliou MBACKE, le Khalife Général des Mourides.

D’ailleurs, nous tenons d’une voix autorisée, Serigne Bassirou MBACKE Ibn Serine Moustapha Bassirou, plus connu sous le surnom de Serigne Bass Porokhane la relation de l’historique de cette grande ziarra, assortie d’une intéressante description des lieux.

Le Mausolée de Mame Diarra est le centre de gravité de Porokhane dont il fait d’ailleurs la renommée.

L’illustre sainte y fut inhumée vers 1866. Le village était retombé dans l’oubli après la mort de Maba Diakhou en 1867 : tous les guerriers et chefs religieux qui avaient participé à sa Djihad avaient regagné leur terre d’origine et Mame Mor Anta Sally, père du fondateur du mouridisme que Maba avait installé à Porokhane avec sa famille, était retourné au Cayor avec Lat Dior.

Parmi les rares personnes qui étaient restées sur le terroir, il y avait un certain Cagny, d’éthnie ouolof. Chaque nuit, une lumière lointaine lui apparaissait à l’Ouest de sa maison. Quand en 1912, Cheikh Ahmadou BAMBA revint de sa déportation en Mauritanie, Cagny se rendit auprès de lui à Diourbel pour s’en ouvrir à lui de ce phénomène. Le Cheikh lui fit, ainsi qu’à ses compagnons de voyage, une description de tous les objets qui matérialisaient la tombe de Sokhna Diarra.

Aussitôt celle-ci localisée, sur la base des indications fournies par le Cheikh, Cagny n’eut plus ses visions. Par la suite, Cheikh Ahmadou BAMBA dépêcha son fils, le savantissime Serigne Bassirou sur les lieux. La tombe fut entourée de piquets en bois et, chaque année, Serigne Bassirou revint s’y recueillir.

Après le rappel à Dieu du Cheikh, une dizaine de ses talibés habitant le Saloum demanda à Serigne Bassirou l’autorisation d’organiser un Magal (commémoration) à Porokhane. C’était le point de départ d’une manifestation annuelle qui allait connaître la fantastique ampleur que nous observons aujourd’hui.

Serigne Bassirou fit construire une concession dans le village et, en 1952, il y dirigea personnellement son premier magal.

Lorsqu’en 1966 Serigne Bassirou disparut, son fils aîné Serigne Moustapha Bassirou prit le relais. Il donna une nouvelle impulsion au Magal de Porokhane. Il commença par réorganiser le village. Ensuite il fit reconstruire le mausolée, d’abord en 1971 et une seconde fois en 1983 (c’est l’édifice tel que nous le connaissons aujourd’hui.) Déjà en 1970 il y avait fait construire une résidence.

C’est en 1983 que fut érigée la majestueuse mosquée qui jouxte le Mausolée.

Mame Diarra Bousso : Référence de la femme vertueuse

Originaire de la famille des « Mboussob√© » d‚Äôillustres lettr√©s imbus des valeurs cardinales islamiques Sayidatun√¢ Mariama Bousso suivit tr√®s t√¥t la voie des anciens et sa d√©votion sans faille lui valut le nom de «  J√¢ratul- L√¢h « (la voisine de DIEU ).

A très bas âge , elle mémorisa et calligraphia le Saint-coran exercice qu’elle ne cessa de renouveler .C’est ainsi que durant les trente trois (33) années qu’elle vécut sur terre , elle a écrit quarante (40) fois d’autres diront soixante (60) fois la sainte Vulgate .

Ses intenses activités pieuses auxquelles elle s’adonnait régulièrement n’entravaient en rien son devoir de femme dans l’accomplissement des travaux domestiques en tant que serviteur en quête de agrément de son SEIGNEUR .

Ses ambitions insoup√ßonn√©es en ce sens furent qu‚Äôau moment o√π elle s‚Äôappr√™tait √† rejoindre le domicile de Serigne Mback√© Mor (Mame mor Anta Sally ), elle se lassait d‚Äô√©couter les conseils et recommandations des veilles femmes auxquelles elle r√©pondit apr√®s avoir ouvert le Saint-Coran. Ainis elle Tomba net sur ce verset  » Mouhammad n‚Äôa jamais √©t√© le p√®re de l‚Äôun de vos hommes mais le messager de DIEU et le sceau des Proph√®tes. DIEU est parfaitement sachant de toute chose  » S 33 (les coalis√©s Al ‚Äôahz√¢b ) V40.

 » Si ce n‚Äô√©tait ces paroles immuables de DIEU je peux garantir par serment que je compterais parmi ma prog√©niture un Proph√®te . « 

Certes ,sa détermination a été couronnée par un descendant qui même si nous ne pouvons pas appeler prophète est incontestablement l’intercesseur des croyants auprès de leur SEIGNEUR en l’occurrence le Vénéré Cheikhoul Khadim . Son fils fait accourrir aujourd’hui les créatures des six directions de l’univers comme une averse qui tombe du ciel car ils ont placé leur espoir en lui .

Chez Serigne Mbacké Mor , elle allia travail et piété et du coup ,elle surpassa les qualités exemplaires reconnues de vertueuse femmes telles que Marie mère de Jésus , Khadija et Aïcha épouses du Prophète ou Fatima fille du meilleure des envoyés . En guise d’illustration , nous citerons quelques unes de ses actions remarquables parmi tant d’autres .

Quant elle travaillait , elle r√©citait sans cesse le  » Dal√¢‚Äôilul Khayr√¢ti  » un recueil de pri√®res sur le Proph√®te (Paix et salut sur Lui) tr√®s c√©l√®bre aupr√®s des hommes de DIEU compos√© par l‚Äôimam Jaz√ªli A porokhane , elle cherchait r√©guli√®rement de l‚Äôeau au puits et √† chaque fois qu‚Äôelle versait une bassine d‚Äôeau , les nombreux disciples de Serigne Mback√© Mor buvaient enti√®rement le contenu avant qu‚Äôelle n‚Äôen ramena une autre .

A cela s’ajoute une anecdote qui fait la célébrité du puits de Porokhane devenu un site mémorable .En effet un jour sur demande de Serigne Mbacké Mor qui voulut de l’eau pour faire ses ablutions , elle saisit le bouilloire et accourut au puits où elle ne trouva aucun moyen pour puiser , et, pressée de rendre service à son époux, elle se précipita à l’intérieur.Chose étrange ses secours venus l’en sortir le trouvèrent non seulement indemne mais avec le bouilloire à la main rempli d’eau .

Un jour ne trouvant pas de bois de chauffe pour préparer du sanglé à Serigne Mbacké Mor repas matinal qu’elle s’était engagée à lui préparer chaque jour , elle se résolut à briser sa malle en bois qui contenait ses habits pour allumer le feu . On n’oubliera jamais la nuit entière passa sous la pluie tenant une palissade sur recommandation de Serigne Mbacké Mor qui l’oublia dans sa posture après avoir accompli ses ablutions .

En mati√®re d‚Äô√©ducation , elle rassemblait ses enfants et leur racontait la vie des hommes de DIEU ,les pieux anciens ayant consacr√© toute leur vie √† suivre les traces de l‚ÄôElu de DIEU Mouhammad Ras√ªlal -l -L√¢h (Paix et salut sur Lui). C‚Äôest ainsi que cheikh Ahmadou Bamba appliquait ces conseils et imitait les asc√®tes en se retirant dans la brousse pour effectuer des pratiques d√©votionnelles loin des mortels . A Porokhane , l‚Äôarbre o√π le Cheikh se retirait le plus souvent est un  » Dimb  » qui fait l‚Äôobjet de visites pieuses de la part des fid√®les venus c√©l√©brer le Magal de Porokhane .

Certes la durée de sa vie sur terre est courte mais son œuvre est immense et constitue un trésor inépuisable pour l’humanité car Mame Diarra Bousso est sans nul doute le premier serviteur du Cheikh . Elle est la référence pour ne pas la limiter à une référence de la femme vertueuse pour toutes les femmes et leur permet ainsi de retrouver leurs repères dans ce monde où la machination de satan et les ténèbres tentent en vain de dissiper la lumière .

Gloire et reconnaissance à DIEU de nous avoir choisi Khadimou Rassoul, cette fierté de Mame Diarra Bousso à qui nous ne cessons de rendre grâce.

Mame Thierno Ibra Faty

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Cheikh Ibrahima Faty Mbacké(1863 Р1943)

(source principale : La vie exemplaire de Cheikh Ibrahima Faty Mame Thierno Birahim MBACKE, de Serigne Mouhamed Bachir MBACKE ibn Cheikh Ibrahima Faty, dit Bassirou Anta Niang.)

Le contexte dans lequel naquit le Mouridisme √©tait marqu√© par des guerres et des troubles, motiv√©s par les conflits d’int√©r√™ts, la soif de pouvoir, les app√©tits territoriaux des diff√©rents protagonistes des pouvoirs locaux et les ambitions h√©g√©monistes du pouvoir colonial sur tout le monde.

¬†Dieu¬†et les questions spirituelles √©taient, √† l’√©vidence, absents des pr√©occupations des hommes, m√™me de ceux qui se paraient de titres d’√©rudits ou pla√ßaient leur action sous la banni√®re de l’Islam. C’est dans ces circonstances que Cheikh Ahmadou Bamba entreprit de d√©velopper son noble projet de ramener l’humanit√© √† Dieu. Cela veut dire clairement qu’il  » n’a pas cherch√© √† cr√©er une nouvelle voie diff√©rente des autres ou une communaut√© sp√©cifique, mais toutes ses ambitions √©taient de revivifier la voie de la  » charia  » et de la  » haqiqa « . C’est la raison pour laquelle la communaut√© mouride vit le jour.  » (cf. la pr√©face r√©dig√©e par Serigne Cheikhouna Makhtar Bineta L√î de Darou Marnane pour l’ouvrage sur Cheikh Ibrahima Faty de Serigne Bassirou Anta Niang MBACKE.)

Voil√† un exemple de ces grands desseins qui infl√©chissent le cours de l’histoire et changent le destin des hommes. Ils sont servis par des √™tres d’exception, de cette lign√©e d’hommes rares que Dieu ne fait descendre sur terre que pour ces causes singuli√®res. Et, pour la r√©ussite de leur mission extraordinaire, ces prodiges de Dieu se voient adjoindre par la Sagesse Divine des Lieutenants d’exception, √† la mesure de l’ampleur de l’objectif.
Ainsi, pour l’ex√©cution de son mandat divin, Cheikh Ahmadou Bamba s’est entour√© de lieutenants si extraordinaires que chacun d’entre eux a laiss√© un nom inscrit √† jamais en lettres d’or dans l’histoire religieuse de ce pays.
Parmi ces preux chevaliers de l’Islam se distingue Serigne Cheikh Ibrahima Faty MBACKE, √©galement connu sous diverses autres appellations comme Mame Thierno Birahim, Nd√¢mal Darou ou Borom Darou.
De cet extraordinaire serviteur de Khadimou Rassoul dont il √©tait le bras droit, l’homme de confiance et le confident, l’histoire nous a transmis une image d’attachement et de fid√©lit√© √† toute √©preuve √† l’endroit de son ma√Ætre et guide spirituel, de courage physique indescriptible, de discr√©tion insondable et de pi√©t√© incommensurable.

Aperçu sur le personnage

Sur sa naissance, √† Porokhane, les auteurs s’accordent pour la situer au jeudi 15 du mois lunaire de  » Rabbi al awwal  » de l’an  » charfadji  » c’est √† dire 1283 de l’H√©gire, 1863 du calendrier gr√©gorien.
On raconte que cela co√Øncida avec la Bataille de Path√© Badiane ou Paoss Koto qui mit aux prises les forces de Maba Diakhou BA aux troupes de l’autorit√© coloniale.
Mais, ce qu’il faut retenir de cet √©v√©nement c’est que cela a donn√© lieu √† une sc√®ne extraordinaire, et tr√®s significative pour l’avenir : pour la circonstance, Mame Mor Anta Sally, leur p√®re commun congratula Cheikh Ahmadou Bamba qui devait tout juste avoir dix ans, en ces termes :  » F√©licitations pour la venue de ce nouveau n√© car il sera ton bras droit, en qui tu trouveras ardeur et soutien pour le grand projet qui te pr√©occupe tant.  » (In ouvrage de r√©f√©rence).

Le Parcours de deux hommes inséparables

Ainsi commen√ßa le parcours commun de deux destin√©es extraordinaires dont l’une, pourrait-on dire, a √©t√© cr√©√©e pour servir l’autre. Les deux hommes n’allaient plus se s√©parer sauf pendant les p√©riodes d’exil du Cheikh. D’ailleurs, fait significatif, Serigne Touba consacra la premi√®re semaine de l’existence de Mame Thierno √† faire le tour de la concession de Sokhna Faty Issa DIOP, la m√®re de l’enfant, afin de solliciter de Dieu le Tout Puissant, assistance et protection pour le nouveau n√©.
L’√©ducation et l’instruction de Mame Thierno furent prises de bout en bout par Serigne Touba. Il en est n√© une telle concordance de pens√©e qu’entre eux deux on peut parler de r√©elle complicit√©.
Et puis, en dehors de leur parenté par leur père commun, les deux hommes descendent de deux grands mères maternelles de même père. En effet, de Ahmadou Sokhna MBACKE, sont issues deux vertueuses filles :

  • Sokhna Asta Walo MBACKE qui donna naissance √† l’incomparable Sokhna Diarra BOUSSO la m√®re de Khadimou Rassoul,
  • Sokhna Absa Mback√©, m√®re de Sokhna Faty Issa, elle m√™me m√®re de Mame Thierno, le Lion de Darou.

Lorsque l’√©pop√©e de Maba Diakhou BA prit fin, Serigne Mame Momar Anta Sally rejoignit le Cayor avec sa famille. C’est d’abord √† Patar qu’il s’est install√©, puis √† Mback√© Kadior. A sa mort, il fut inhum√© √† D√©kheul√©. C’est √† ce moment que Mame Thierno fit officiellement all√©geance √† son fr√®re Cheikh Ahmadou Bamba qui, dans les faits, √©tait son ma√Ætre depuis sa naissance.

Une formation et un caractère inédits

Mame Thierno a donc √©t√© form√© par Serigne Touba en personne, dans tous les domaines de la connaissance. Khadimou Rassoul l’a ensuite envoy√© aupr√®s de Cheikh Birama DIAKHATE pour compl√©ter sa formation. Ce fut ensuite √† Makala, aupr√®s du c√©l√®bre jurisconsulte Serigne Khaly Madiakhat√© Kala, qu’il se rendit pour √©tudier la prosodie.
A la v√©rit√©, ce p√©riple n’√©tait pas n√©cessaire √† la formation de Mame Thierno : aupr√®s de son Ma√Ætre, il avait acquis suffisamment de sciences pour en remontrer √† plus d’un. Mais, par ce moyen, Serigne Touba voulait lui enseigner que la vraie science n’est pas livresque. Il voulait qu’il apprenne, par son exp√©rience propre, que la Connaissance pure est un don que seul Dieu peut octroyer et qu’Il n’accorde qu’√† ceux qu’Il √©lit. Par cette forme de science qu’il d√©tenait au plus haut point, Cheikh Ahmadou Bamba a pu parfaire la formation de Mame Thierno et lui octroyer des dons qu’il n’a plus jamais attribu√©s √† personne d’autre.

Au physique, Mame Thierno Ibra Faty n’√©tait pas grand de taille, mais il avait une prestance remarquable. Peu bavard, il ne riait jamais aux √©clats, se contentant seulement de sourire, au besoin. La plupart de ses propos s’articulaient autour du Coran et des Hadiths. Les exemples qu’il citait pour illustrer ses propos se r√©f√©raient √† la vie des proph√®tes et du plus glorieux d’entre eux, Seydina Mouhamed (P.S.L.). L’argumentaire qui sous tend ses conversations puise amplement dans les conseils et exhortations que prodiguait son guide Cheikh Ahmadou Bamba.

Cheikh Ahmadou Bamba qui l’a form√© lui a model√© un caract√®re tel que Mame Thierno, √† l’exemple de son ma√Ætre, ne craint que Dieu et ne sert que le Meilleur des hommes (P.S.L.)
Jamais Thierno Ibra Faty ne s’est √©cart√© de la voie que lui a trac√©e Serigne Touba. Il s’est toujours conform√© √† ses sages directives, et son ma√Ætre a confirm√© √† plusieurs reprises, soit de vive voix soit dans des correspondances que sa famille d√©tient encore, que toute sa vie durant Thierno n’a jamais eu de divergence avec lui. Toutes ses pr√©occupations √©taient d’accomplir scrupuleusement les recommandations de Cheikh Ahmadou Bamba et d’accomplir les actes de d√©votion. Il a toujours eu comme credo la proclamation de la Parole de Dieu le Tr√®s Haut et la vivification de la sunna sacr√©e du Proph√®te (P.S.L.).
De Cheikh Ahmadou Bamba, Mame Thierno a appris que la seule hi√©rarchisation qui vaille entre les cr√©atures de Dieu ne provient pas de la race, de l’origine sociale, de l’√©tat de fortune ou du savoir, mais de la profondeur de la crainte r√©v√©rencielle qu’on nourrit pour le Cr√©ateur. Serigne Touba lui a appris √©galement qu’on ne peut pas servir Dieu sans s’attacher √† Le conna√Ætre afin de ma√Ætriser les modalit√©s de l’adoration. Il sait aussi que la connaissance sans la pi√©t√© n’est d’aucune utilit√© pour la qu√™te spirituelle de l’individu. D’ailleurs, Cheikh Ahmadou Bamba, dans un de ses √©crits dira : « Celui qui ne craint pas Dieu n’est pas Alim (savant), m√™me s’il a √©puis√© toutes les disciplines spirituelles.  » Pour le digne √©mule de Khadimou Rassoul, la crainte n’existe donc que dans la raison, tandis que le savoir ne peut √™tre profitable que dans la pratique qui, √† son tour, ne peut porter ses fruits que lorsqu’elle est sinc√®re et scrupuleuse. Bien entendu, le scrupule consiste √† √©viter les interdits de Dieu et √† accomplir ses recommandations.

Mame Thierno, maître et formateur

L’ attitude de Mame Thierno Ibra Faty en a fait son credo, √† un niveau jamais √©gal√© et il a √©duqu√© tous ceux qu’il a eus en charge dans ce sens. Il dirigeait personnellement les cinq pri√®res quotidiennes dans toutes les localit√©s o√π il s√©journait (Gouye Ngoura, Mback√© Kadior, Darou Marnane, Darou Mouhty, etc.) Non seulement il √©tait hors de question que quelqu’un puisse se permettre de rater la pri√®re, mais il exigeait que tout le monde l’accomplisse √† la mosqu√©e, de concert tous les autres confr√®res, √† moins qu’on ne puisse invoquer un motif valable.

De source digne de foi, on raconte qu’il avait √©t√© amen√© √† remarquer qu’un de ses talib√©s omettait de proc√©der √† ses ablutions avant la pri√®re sous pr√©texte qu’une plaie qu’il avait au pied enflait douloureusement au contact de l’eau. Mame Thierno le convainquit alors que c’√©tait Satan qui s’employait ainsi √† s’interposer entre lui et son Cr√©ateur. Lorsque le talib√© reprit, malgr√© son mal, l’habitude de faire ses ablutions, l’on constata la gu√©rison quasi miraculeuse de la blessure.

C’est donc en compagnie de ses disciples que Mame Thierno sacrifiait √† l’ensemble des prescriptions divines, malgr√© les travaux p√©nibles et les difficult√©s li√©es aux conditions de vie dures dans ces contr√©es hostiles o√π il s’√©tait install√©. En d√©pit de tout cela, sans parler de l’√©ducation des talib√©s dont il se chargeait personnellement, il ex√©cutait chaque nuit, au moins dix rakkas sur√©rogatoires et proc√©dait √† la lecture du tiers du Livre.

Mame Thierno, un soufi rare

Sa vie fut fruste et frugale. Il a toujours habit√© dans des cases en chaume, sans aucun confort personnel. Pourtant il disposait d‚Äô√©normes richesses qui provenaient des nombreux dons des talib√©s et de ses exploitations agricoles. Mais tous ces biens √©taient tenus √† la disposition de Cheikh Ahmadou Bamba et de sa famille, et des n√©cessiteux qui sollicitaient souvent son grand c≈ìur. Il y avait certes de beaux lits, de grand prix et en grande quantit√©, dans ses demeures, mais ils servaient plut√¥t √† honorer les exemplaires du Saint Coran, de Sciences religieuses et les √©crits de son ma√Ætre. Quant √† lui, il se contentait d’une simple natte, qu’au demeurant, il consid√©rait comme d√©j√† trop luxueuse.
Sa nourriture √©tait des plus simples et il mangeait tr√®s peu. Il n’a jamais voulu, √† ce propos, b√©n√©ficier de r√©gime de faveur. En cons√©quence il mangeait, assis √† terre comme tout le monde, et dans le m√™me plat que ses disciples.

Voil√† donc un homme tellement d√©tach√© des biens terrestres que son fils a√Æn√© et premier khalife, Serigne Mouhamadou Awa Balla MBACKE, a rapport√© qu’un jour, il l’a contraint, lui et ses compagnons, √† stopper la construction d’une maison qu’il leur avait command√©e. Pour quelle raison ? Simplement parce qu’on avait pens√© bien faire en utilisant du ciment pour consolider les fondations et pour pr√©server les poteaux en bois de la corrosion de la terre et des insectes. Mame Thierno n’a vu dans l’utilisation de ce mat√©riau qu’un attachement trop prononc√© aux commodit√©s p√©rissables de ce bas monde √©ph√©m√®re, qui en aucun cas, ne doivent ralentir la marche de l’homme vers la qu√™te des f√©licit√©s √©ternelles de l’au del√†.

Mame Thierno ne parlait jamais inutilement et aucune futilit√© ne pouvait retenir son attention. Jamais il ne disait du mal de quelqu’un. Un profond an√©antissement dans la volont√© de Dieu lui avait donn√© l’habitude, en toute circonstance, de rendre gr√¢ce au Cr√©ateur. Ainsi, qu’on lui apprenne un √©v√©nement heureux ou qu’on lui annonce la plus noire catastrophe, c’√©tait pareil pour lui et son commentaire √©tait invariablement : Al hamdoulil√¢hi ! (Nous rendons gr√¢ce √† DIEU).

La générosité exemplaire

La sagesse populaire veut qu’une r√©putation d’√©rudition ne puisse s’attacher √† un individu que lorsque des √©rudits reconnus lui d√©cernent ce label. De m√™me, nul ne peut √™tre valablement cr√©dit√© d’une r√©putation de g√©n√©rosit√© tant que ses propres parents n’en attestent pas, pour en avoir fait personnellement l’exp√©rience. Mame Thierno Ibra Faty √©tait donc un homme d’une rare g√©n√©rosit√© car, √† ce propos, les t√©moignages de ses parents, tout comme ceux de nombreux particuliers qui ont eu √† b√©n√©ficier de ses largesses, ne se comptent plus. Citons Serigne Fallou MBACKE, le deuxi√®me khalife de Serigne Touba qui a eu √† dire : « Je viens m’en ouvrir de mes difficult√©s au g√©n√©reux donateur de Darou Mouhty. Il est celui dont les qualit√©s sont lou√©es de partout. Sa g√©n√©rosit√© n’est jamais prise √† d√©faut : elle est d’√©gale profondeur, aux moments d’abondance comme en p√©riode de p√©nurie.  »
Citons également le grand maître Mouhamadou Al Deymani :

 » Ibrahima est celui qui n’a point d’√©gal¬†
G√©n√©reux toute son existence, qu’il est bon,
Dot√© d’une √©rudition et dont la bonne conduite, l’accueil et la
G√©n√©rosit√© profitent √† tous, proches (parents) comme √©trangers. « 

Mame Thierno n’a jamais √©conduit un solliciteur. Bien au contraire, il acc√©dait, s√©ance tenante, aux demandes de tous ceux qui recouraient √† sa main secourable. Sa parole √©tait sacr√©e et jamais il n’a manqu√© de la respecter.
Cette r√©putation de g√©n√©rosit√© qui s’attachait √† Mame Thierno explique qu’il n’a laiss√© √† sa famille pour tout h√©ritage que ce qu’il a re√ßu de Serigne Touba (v√™tements, draps de lits, etc.) Toute autre chose qu’il recevait, √©tait imm√©diatement d√©pens√© pour la face de Dieu.
En effet, jamais Mame Thierno, m√™me s’il savait qu’il subissait des pr√©judices sur ses biens, n’a manifest√© le moindre √©tat d’√¢me, perceptible dans ses attitudes ou dans ses comportements. M√™me s’il savait que certains de ses proches utilisaient √† des fins personnelles ses biens, cela ne l’a jamais irrit√©. Plus grave ! Il arrivait que certains poussent l’outrecuidance jusqu’√† lui revendre, √† des prix tr√®s √©lev√©s, des biens qu’il savait pourtant lui appartenir. Qu’√† cela ne tienne : il le rachetait tout bonnement, comme si de rien n’√©tait.

Mame Cheikh Ibrahima Fall

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Les Origines de CHEIKH IBRA FALL

Ndiaby Fall se trouve a deux kilomètres au sud de la ville de Kebemer . C’est dans cette localité que naquit CHEIKH IBRA FALL vers 1855 .C’est une province habitée par des GUEDJI et des DOROBE (noblesse du cayor ) pouvant prétendre à l’exercice du pouvoir. Contrairement à une tendance qui voudrait que Ndiaby Fall ait été fondée au XVIII ème siècle .
Cette contr√©e a pr√©exist√© √† la bataille de Danki (11459). Ndiaby fait partie des localit√©s appel√©es Fall√©ne-Dedd (du nom de Fall) qui ont eu √† h√©berg√©  » les premiers Lamanes du Kayor (propri√©taires terriens), devenus plus tard la dynastie royale du Kayor et du Baol, √† la suite du triomphe du Lamane Ngon√© Sobel sur le Bourba Djoloff au XV √®me si√®cle. On peut citer entre autres Pall√©ne-Dedd, Nguiguis, Ndande, etc.

 DE NDIABY FALL…

Ainsi il est établi sans doute que Cheikh Ibra Fall est un garmi. Cette assertion nous semble revêtir une grande importance, parce qu’elle devra être l’une des bases fondamentales d’un quelconque travail sur le cheikh. Il faut également souligner que Ndiaby deviendra un grand centre d’enseignement coranique à l’image de Pire ou de Coki. Les ascendants de Cheikh Ibra Fall furent de grands érudits connus dans la province. Il s’agit de Yoro Ndiaby Fall et de Barane Ndiaby Fall. Modou Rokhaya Fall est un Garni .

Cette assertion nous semble revêtir une importance ,parce qu’elle devra être l’une des bases fondamentales d’un quelconque travail sur le CHEIKH. Il faut également souligner que NDIABY deviendra un grand centre d’enseignement coranique à l’image de PIRE ou KOKI.Les ascendants de CHEIKH IBRA FALL furent de grands érudits connus dans la province. Il s’agit de YORO NDIABY FALL et de BARANE NDIABY FALL. MODOU ROKHAYA FALL ,père de MAME CHEIKH IBRA FALL est un descendant direct de BARANE NDIABY FALL. Mais il se marias la famille de ses oncles maternels habitant dans le NDIRA,plus précisément à WAKHI.Il eut avec Sokhna SEYNABOU NDIAYE ,IBRAHIMA FALL(le futur LAMP FALL),SALIOU FALL et ROKHAYA FALL.
Quelques années après la naissance de cette dernière ,il quitta (pour des raisons encore inconnues)Ndiaby pour aller dans le Ndiaré .Il s’installa dans un village appelé Sali Asta où il a vécu peu de temps avec ses enfants avant de mourir. De toutes les manières intervalle de temps à déterminer parce que ce que fut nécessaire pour inculquer à CHEIKH IBRA FALL le Coran et les rudiments de la langue arabe. Il disait avoir appris intégralement de son père (les fiches de l’administration coloniale l’attestent ainsi que ceux recueillis oralement).Sokhna SEYNABOU NDIAYE se maria dans la contrée ,mais les enfants issus de ce second mariage n’ont pas survécu à la forte mortalité de l’époque .

Devenu grand et fort, Cheikh IBRA FALL resta auprès des siens pour soutenir moralement et matériellement sa mère.

A WAKHI

Cette localité est située actuellement dans le département de Louga entre NDIAGNE et WARAKH. C’est dans cette partie du NDIARE qu’il faudra replacer MAME CHEIKH IBRA FALL. Il y passa une bonne partie de son enfance. Au juste ,il a vécu dans trois localités :NDIABY FALL,SALLY ASTA et WAKHI. Mais il a beaucoup plus duré dans les deux dernières localités situées dans le NDIARE au cœur même du NDIAMBOUR.

D’ailleurs, l’administrateur colonial l’a toujours présenté comme un NDIAMBOUR-NDIAMBOUR . Ainsi, dans la fiche signalétique des services de police coloniale ,un informateur mal averti indique que CHEIKH IBRA FALL était né à Keur Atoumane Fall situé dans le NDIAMBOUR. Malheureusement, ce sont de telles informations qui sont reprises par certains chercheurs, distillant volontairement ou involontairement des contre-vérités. Le NDIARE est une province du NDIAMBOUR , à la limite de la frontière naturelle avec le KAYOR. Il a acquis sa renommée pour deux raisons.

La première est liée à la présence des grands érudits musulmans. La seconde est que le NDIARE consacrait à tout fugitif ou esclave une impunité et une libération. Ce statut lui était reconnu par tous les royaumes du Sénégal . C’était une sorte de Suisse ,eu égard au rôle qu’elle a joué lors de la seconde guerre mondiale . Les origines Ndiambour-Ndiambour de CHEIKH IBRA FALL furent un atout important . Elles développèrent en lui une certaine ouverture d’esprit. Le Ndiambour était une zone circulation des marchandises venant du Mali, du Maghreb et de l’intérieur du Sénégal. Le commerce demeurait l’activité dominante de la province. Ainsi, le Ndiambour devenait un lieu de brassage culturel car des produits de toutes sortes fusaient de partout pour converger vers ce haut lieu. Cheikh Ibra Fall a grandi dans cette localité. Ainsi il devait être imprégné d’une certaine philosophie de la communication.

La réussite économique du mouridisme doit beaucoup aux larges capacités de Cheikh Ibra Fall acquises durant son existence dans le Ndiambour.

La rencontre avec Serigne Touba

On considère que la conversion de Cheikh Ibra Fall au mouridisme marque une date charnière en ce qu’elle va donner une nouvelle impulsion à la confrérie. Prédestinée, cette rencontre s’est déroulée dans des circonstances qui ont laissés perplexes les contemporains même de Serigne Touba. Et ce qui devait arriver, arriva : le décret divin s’accomplit, pour la plus grande gloire de l’islam en Afrique et dans le monde. Après ses études coraniques complétées par la connaissances de la science islamique, Cheikh Ibra décida de quitter son fief originel. Quelles sont les raisons qui sont à la base d’une telle décision ? il serait périlleux de se livrer à une démarche qui partirait d’une seule hypothèse.

A ce niveau il existe beaucoup de supputations et de conjectures parfois teintées de légende.

Cependant nous partirons de deux versions pour avoir une approche qui aura la chance de nous mener vers la v√©rit√©. En ce qui concerne la premi√®re, Cheikh Ibra nous est pr√©sent√© comme √©tant un illumin√©. Cette √©l√©vation mystique lui a toujours √©t√© reconnue par son entourage. Etant tr√®s jeune, il se plaisait √† m√©diter et √† se recueillir. On peut citer l‚Äô√©pisode du  » Daxaar-Mbet  » qui est le nom donn√© √† un tamarinier c√©l√®bre de Ndiaby-Fall. Un jour, les villages de Ndiaby sont alert√©s par les cris d‚Äôune biche aux alentours de l‚Äôarbre. Ils accoururent en masse. D√®s leur arriv√©e, le jeune Ibrahima Fall l√¢cha l‚Äôanimal. A la question de savoir pourquoi il avait fait cela, il leur r√©pondit.  » N‚Äôavez-vous pas entendu ce que l‚Äôanimal me disait ? Il me suppliait de lui laisser la vie sauve. En outre celui qui est pardonn√© (par Dieu) doit aussi savoir pardonner « . De nos jours, l‚Äôarbre fait partie des sanctuaires pour le p√®lerinage des fid√®les. On admet √©galement que Cheikh Ibra parlait tr√®s souvent de celui qu‚Äôil doit servir (Cheikh Ahmadou Bamba). Suivant cette hypoth√®se, Cheikh Ibra Fall se sentait pr√©destin√© √† une mission qui devenait de plus en plus claire au fur et √† mesure qu‚Äôil prenait de l‚Äô√¢ge.

Ainsi, à la maturité, l’illumination se transforme en rêve prémonitoire. Il aurait vu Serigne Touba en rêve et c’est à partir de ce moment qu’il décida de partir à sa recherche.

La seconde version communément admise par les chercheurs et l’administration coloniale, fait de Cheikh Ibra un riche commerçant dont les affaires prospéraient un peu partout dans les localités du Ndiambour, du Baol et du Kayor. C’est au cours de ces nombreux déplacements qu’il rencontra Cheikh Ahmadou Bamba.

La dimension mystique du Cheikh exerça un effet important sur lui et il gela toutes ses activités pour se consacrer au guide spirituel du mouridisme. Cette dernière hypothèse est balayée par ce que l’on appelle les pérégrinations. En effet, il est établi que Cheikh Ibra Fall imbu de soif religieuses et d’un désir ardent de retrouver celui qui sera plus tard son maître, a séjourné dans plusieurs localités. L’inspiration divine lui avait suggéré le nom de Ahmadou Bamba, mais il ignorait au juste de quoi il s’agissait. Il semblerait qu’il aurait séjourné en Gambie quelques temps dans une localité du nom de ‘Bamba’.

La dernière étape des pérégrinations est, sans doute, Taïba Daxaar chez un marbout du nom de Serigne Bamba Sylla. C’est là qu’il rencontra les émissaires de Cheikh Ahmadou Bamba venus remettre des présents à son maître qui s’était lié d’amitié avec Mame Mor Anta Sally. Dans tous ces déplacements, Cheikh Ibra a cru retrouver le Bamba qui ne cessait de retenir dans son subconscient. Cheikh Ibra parvint à rencontrer Ahmadou Bamba, par l’entremise de Cheikh Adama Guèye qui faisait partie des émissaires venus vers Serigne Bamba Sylla ou Serigne Taïba Daxaar. La rencontre a eu lieu le 20 du mois de Ramadan à M’backé Kadjoor. Lorsque Serigne Touba fut mis au courant que ses émissaires étaient revenus accompagnés d’un hôte, il demanda que celui-ci lui soit présenté.

A la vue de Cheikh Ahmadou Bamba, Cheikh Ibra Fall se sentit transporté dans un autre univers. Il eut l’intime conviction qu’il venait de trouver ce qu’il avait tant cherché. Alors, il enleva son boubou et s’agenouilla devant Cheikh Ahmadou Bamba. Cette attitude témoigne d’une certaine philosophie dans la société woloff. Un esclave se tenait dans la même position, torse nu devant le nouveau maître qui venait de l’acquérir. Cet épisode de la rencontre entre Cheikh Bamba et Mame Cheikh Ibrahima Fall revêt une importance capitale dans la compréhension de cette dialectique qui s’est tissée entre les deux hommes.

L’attitude de Cheikh Ibra est pleine de symbolisme. Mais c’est dans le discours qu’ils se sont tenus que tout ce symbolisme aura mieux rejailli. Il serait difficile voire impossible de rendre (en français) textuellement ce qu’ils se sont dits . Serigne Bassirou Mbacké, nous en rapporte quelques éléments dans son ouvrage théologique ‘’ Les Bienfaits de l’Eternel’’ qui est une sorte de biographie de Serigne Touba Mbacké, nous en rapporte quelques éléments dans son ouvrage théologique intitulé ‘’ Les bienfaits de l’Eternel ‘’ qui est une sorte de biographie de Serigne Touba.

Ainsi le grand Mouride Cheikh Ibrahima Fall, qui fut d’ailleurs un des grands hommes de bonne intention a écrit : ‘’quand je me suis présenté au Cheikh pour lui faire serment d’affiliation’’. Je n’ai quitté ma maison que pour chercher un tel guide, je ne trouvais que sa tombe, la véracité de mon intention de suivre son exemple me ferait parvenir à mon objectif. Je vous prête serment de n’acquérir rien de ce monde et de me préoccuper exclusivement de Dieu et de la vie future. ‘’ Alors, le Cheikh lui répondit :’’O Ibrahima ! Quant à moi, si je n’avais des traces du Prophète que ces étoiles et ce ciel (qu’il est établi de manière authentique que le Prophète les regardant), j’aurais été sûr que mon intention à son service et mon amour pour lui m’assureraient la satisfaction de mes besoins et la conduite (dans la bonne voie) conformément au meilleur destin que Dieu Très-Haut a réservé à celui à qui il a été donné la foi et l’amour en lui.
Cela dit, j’agrée votre serment et vous tiens à obéir aux ordres et à voter les interdictions et à orienter votre préoccupation vers Dieu. Mais n’attendez de moi dans cette vie ni abri vous protègeant du soleil ni autre bien matériel’’. Le mouridisme a pris comme acte de naissance l’affiliation de Cheikh Ibra et la disparition de Mame Mor Anta Sally en 1883.

La présence de Cheikh Ibra et la disparition de Mame Mor Anta Sally sont les catalyseurs de l’émergence de cette confrérie. De 1883 au 30 juin 1930 date de sa disparition, Mame Cheikh Ibrahima Fall aura été le personnage central du mouridisme. Son empreinte y reste et demeure ad vita aeternam. Elle est encore visible à travers les Baay Fall.

Les origines du mouvement Baay Fall

Il faut souligner que le mot Baay Fall vient de la langue Wolof. Il est composé de ‘’baay’’ et ‘’Fall’’. ‘’Baay’’ signifie le père alors que ‘’ Fall’’ est un nom que porte une grande partie de la communauté wolof. C’est aussi le patronyme du fondateur de la famille des ‘’Baay Fall’’. Donc littéralement Baay Fall voudraient dire ‘’ Père Fall’’.

De fait, le wolof fait précéder du mot ‘’Baay’’, les phénomènes qu’il qualifie, en y incluant la notion de propriété individuelle. Ainsi, on dira ‘’Baay Sikim’’, parce que l’homme dispose d’une barbe peu ordinaire. On peut utiliser également le mot ‘’baay’’ pour magnifier une personne, une réalité, etc. Dans tous les cas, le mot dégage un certain humour qui peut, parfois, tourner à la satire. Par exemple ‘’Baay Touba’’ renferme plus ce statut que de l’humour. Comme aujourd’hui, du reste, du reste, on dirait ‘’Baay Touba’’ renferme plus ce statut que de l’humour.

Comme aujourd’hui, du reste, on dirait ‘’Baay alcati’’ pour dénoncer souvent la puissance arbitraire du policier. Bref, le mot reflète, une certaine ambivalence difficile à contourner, si l’on sait que le khalife général des mourides fut appelé en son temps ‘’Baay Lahad’’-Serigne Abdoul Ahad- parce qu’on voulait témoigner de son caractère et de ses principes imperturbables. Pour comprendre le mot Baay Fall, il faut retenir le dernier sens que nous venons d’illustrer à travers ‘’Baay Lahad’’. Toutefois, on ne devrait pas refuser les autres significations du mot.

Cela nous permet de saisir toute la réalité du mouvement. Durant la mise en place des structures du mouridisme, on ne fait de différenciation entre mourides et Baay Fall. C’est par la suite que le concept a fait son apparition. A cette époque, les talibés de Cheikh Ibra se sont singularisés à travers un comportement et un mode de vie qui furent souvent décriés par les populations appartenant aux autres confréries.

Paul Marty explique les multiples plaintes comme relevant d’une malhonnêteté intellectuelle (voir par ailleurs, Cheikh Ibra, ministre des affaires économiques du mouridisme.)

(Texte tiré du Journal ‘Touba’, Bimestriel Islamique d’Informations Générales, d’Analyses et de réflexions Déc 2000-Jan.2001, n°7.)

Serigne N’Dame Abdou Rahmane LO

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1853-1944 LE GRAND MAÎTRE

Serigne N’Dame Abdou Rahmane LO était un des fidèles compagnons de Cheikh Ahmadou Bamba. Cet homme faisait partie, en effet, de cette génération qui reçut du Cheikh lui-même une éducation pratique, une formation mystique ainsi que les fondements essentiels de sa nouvelle voie : le Mouridisme.

 Sa naissance et son éducation :

Né à Méoundou (dans l’actuel département de Tivaouane) au cours du mois de Rabî  al awwal 1271 de l’Hégire (vers 1853-1854) de Serigne Mouhammad LO et de Sokhna Mariama SECK, Serigne N’Dame grandit au sein de cette grande  famille réputée depuis fort longtemps pour l’érudition, la piété et la noblesse de ses membres.

Lorsqu’il atteignit l’âge de scolarité, il fut confié à Serigne Massata DIAKHATE chez qui il apprit et mémorisa, en peu de temps, le saint Coran puis le transcrivit, selon la coutume, avant de se rendre ensuite à la célèbre université de Pire pour y perfectionner ses connaissances du Livre et entamer l’étude des sciences islamiques. Ces études achevées, il se dirigea vers Nguick auprès du grand érudit Serigne Mor Madieng Falo. Il y effectua des études approfondies en grammaire et en jurisprudence islamique. Il acheva, en fin, ses voyages d’apprentissage à Pathar à l’école de l’illustre érudit Serigne Momar Anta Saly père de Cheikh Ahmadou Bamba.

Ses relations avec le Cheikh :

C’est dans cette école très célébre que Serigne N’Dame vivait avec Cheikh Ahmadou Bamba qui y dispensait des  cours sous la supervision de son éminent père. Serigne N’Dame lui apporta une collaboration précieuse et déterminante dans ses tâches. Il n’hésita même pas à apprendre et enseigner ensuite les ouvrages que le Cheikh composait à l’époque.

A la disparition de Serigne Momar Anta Saly, la gestion de l’école revenait au Cheikh. Décidé, plus tard, à faire une tournée au Sénégal et en Mauritanie, le nouveau maître confia à Serigne N’Dame la charge d’assurer son intérim, ce qui constitue une parfaite illustration de la confiance du Cheikh. Quelques mois après, Cheikh Ahmadou Bamba réunit tous ceux qui étaient à l’école et leur communiqua qu’une mission divine venait de lui être confiée qui consistait à revivifier et à restaurer la Sunna du Prophète ainsi qu’à réformer la Communauté musulmane. Cela rendit nécessaire l’adoption d’une nouvelle méthode d’éducation et de formation. Par conséquent, ceux qui avaient les mêmes ambitions que lui et qui voulaient rester devraient se soumettre entièrement à ses ordres et orientations.
Cheikh Abdou Rahmane LO fut parmi les premiers à faire la bay’ah (pacte d’allégeance). Bien qu’il eût pratiquement le même âge que le Cheikh, Serigne Ndame fit preuve d’un dévouement hors du commun et joua, ainsi un rôle déterminant dans la mission grandiose de Cheikh Ahmadou bamba.

Son rôle dans la mission du Cheikh :

En fait, la première promotion d’adeptes formés par le Cheikh lui-même, se sont, par la suite, chargés, chacun dans un domaine, de réaliser  les projets éducatifs et sociaux de leur Cheikh. C’est ainsi que Serigne Ndame s’occupa d’un des plus importants domaines si ce n’est le plus important : l’enseignement du Coran. Nul n’ignore, en effet, la place prépondérante du Coran dans le jihâd du Cheikh. Il est la pierre angulaire de ses enseignements ,son arme efficace face aux ennemis de l’Islam et à Satan, comme il le dit dans nombreux de ses poèmes.

Par ailleurs, Cheikh Abdou Rahmane restait au côté du Cheikh durant tous ses déplacements de Mbacké Kajoor à Dâr al Alîm et al Habîr (actuel Ndame) où le Cheikh l’installa définitivement pour qu’il s’adonnât entièrement à l’enseignement. C’est précisément dans cette localité que la plupart des fils et des filles du Cheikh apprirent le Coran grâce au dévouement de leur maître. Ce dévouement qui lui valut une position privilégiée auprès du Cheikh.
Sa position auprès du Cheikh :

Confident et conseiller du Cheikh, Serigne Ndame bénéficiait auprès de celui-ci d’une absolue et immense confiance : le Cheikh lui confia l’instruction de ses frères cadets et, plus tard, de ses propres enfants avant de lui donner pour épouses successivement deux de ses filles : Sokhna Fatimtou puis Sokhna Mouslimatou. Cela prouve, s’il en est encore besoin, que Serigne Ndame, grâce à ses bonnes qualités jouissait d’une haute estime de la part de Cheikh Ahmadou Bamba et de sa famille.

Ses qualités et sa conduite :

Comme le dit cet adage « Dis-moi qui tu fréquentes, je te dis qui tu es », le propre de l’homme est de se comporter à l’image de ses amis et compagnons. Il va de soi donc que Cheikh Abdou Rahmane LO, disciple et compagnon de première heure du Cheikh, était un homme exemplaire.

Ainsi, était-il très vertueux, respectueux d’une façon exceptionnelle des obligations religieuses et assidu dans le travail sans répit. Les futilités de ce bas monde n’ont jamais retenu son attention. Il était un homme de vérité et de courage, un dévot qui passait ses journées à jeûner et ses nuits à prier et à réciter les versets coraniques.

Sa disparition :

Lorsque Cheikh Abdou Rahmane LO fut d’un âge très avancé, ses propres fils et disciples, parfaitement préparés, prirent le relais. Sa mission fut alors poursuivie avec succès, grâce à

Dieu. Ainsi, Dâr al Alîm al Habîr resta un centre de rayonnement que Serigne Ndame continuait à superviser jusqu’à ce qu’il fût rappelé à Dieu au mois de Chaabane 1363 à l’hégire (1944). De nombreux poèmes furent composés pour faire son éloge et vanter ses mérites.

Que Dieu Le Tout-Puissant soit satisfait de lui et qu’Il guide les pas de ses successeurs. Amen !

Mame Cheikh Anta Mbacké

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Cheikh Moukhtar Mbacké, communément appelé Mame Cheikh Anta, ou l’argentier du Mouridisme est né à Porokhane dans la région du Saloum dans les années 1860 (les dates mentionnées varient de 1860 à 1867 selon les sources). Fils de la vertueuse Mame Anta Ndiaye cousine de Sokhna Diarra Bousso et de Momar Anta Saly, il est le frère cadet d’Ahmadou Bamba.

Ses études

Il a appris le Coran auprés des maîtres coraniques célèbres. Le plus connu parmi eux, pour lui avoir enseigné le plus est Cheikh Abdourahmane LO. C’est auprés de son grand frère Serigne Mor Diarra qu’il a étudié les sciences religieuses avnt de rejoindre Cheikh Ahmadou Bamba qu’il ne quittera plus jamais.

Son éducation

Mame Cheikh Anta voyait en son frère Cheikh Ahmadou Bamba un homme de Dieu, un guide spirituel qui perfectionnait, à courte durée, l’état de ses compagnons et améliorait leurs actes. Il n’avait pas hésité à se soumettre à ses ordres. Il lui vouait une obéissane totale et cherchait à chaque instant à le satisfaire. Il a été parmi les personnes à recevoir l’éducation du Cheikh et sa formation. Celui-ci accordait une attention particulière à la formation de son disciple et frère ; il le préparait aux tâches importantes qu’il devra assumer par la suite en faveur du mouvement mouride et de ses fidèles. Faisant preuve d’une parfaite disposition à recevoir cette formation ; Mame Cheikh Anta était devenu l’un des hmmes de confiance du Cheikh et l’un de ses conseillers les plus proches, leurs correspondances en constituent une parfaite illustration.

Mame Cheikh Anta, une personnalité multidimensionnelle

A l‚Äôinstar de tous les grands hommes du Mouridisme form√©s par le Cheikh, Borom Gawaan √©tait un √©ducateur spirituel ayant sous sa direction plusieurs daaras. Il s’est d’abord employ√© √† d√©multiplier l’enseignement du Ma√Ætre. Dans ce domaine, il s’est montr√© si efficace que bient√¥t il re√ßut l’all√©geance d’une foule nombreuse de talib√©s. Il les organisa en daaras productifs et prosp√®res √† l’image de Gawane qu’il fonda en 1905 non loin de la localit√© de Bambey. Dans ces daaras, ses disciples exer√ßaient comme activit√© secondaire une agriculture de grande envergure. Cependant il ne se contentait pas de cette activit√© traditionnelle qui ne satisfaisait pas ses grandes et nobles ambitions pour plusieurs raisons.

D’abord, il y avait devant lui ce mouvement naissant dirigé par son frère et guide qui était confronté à d’énormes difficultés et entouré de menaces de la part des ennemis de l’Islam. Les disciples subissaient de grâves atrocités. A cela s’ajoutaient les nécessités de la vie quotidienne et les recommandations de l’Islam qui font de l’aide aux nécessiteux une obligation.

Borom Gawaan ne puvait avoir la conscience tranquille devant cette situation préoccupante qui nécessitait pour l’atténuer ou pour s’en sortir, l’assurance d’une autonomie financière.

Apr√®s avoir bien analys√© la situation, il s‚Äô√©tait lanc√© dans le domaine de l‚Äôinvestissement ; il importait et tissait de vastes relations commerciales avec de grands financiers de son √©poque. De par ses activit√©s d’op√©rateur √©conomique il avait acquis un solide r√©seau de relations. Mais il n’en a jamais abus√© pour obtenir des passe-droits ou des privil√®ges ill√©gaux. Tout juste s’en est-il servi pour la promotion et la pr√©servation des int√©r√™ts de la communaut√©. Il est √† noter que cet homme tr√®s au fait de la charia n’a jamais employ√© de moyens illicites dans ses transactions avec ses partenaires d’affaires. Il devient ainsi l‚Äôun des plus importants hommes d‚Äôaffaires du pays. Il poss√©dait des biens, des fonds, un parc automobile impressionnant et plusieurs magasins. Il a √©t√© m√™me consid√©r√© en 1919 comme l‚Äôhomme le plus riche du pays. Mais avec une g√©n√©rosit√© l√©gendaire, Mame Cheikh Anta consacrait tous ses biens au service des musulmans, en g√©n√©ral, et des mouriddes en particulier. C’est en tout cas son exceptionnelle prosp√©rit√© financi√®re et sa propension √† faire le bien autour de lui qui lui valut l’appellation  » Borom D√´r√´m ak G√´r√´m  »

Mame Cheikh Anta et la vie politique

Il s’intéressait à la vie politique du pays. Il observait ses importantes mutations en suivant de très prés les informations. Il cherchait même à avoir une certaine influence sur cette politique en soutenant l’un des acteurs en compétition afin de sauvegarder l’intêret général et celui des musulmans. C’est ainsi qu’il avait porté son soutien à la candidature de Ngalandou Diouf à la députation au parlement français.

Sa déportation à Ségou

Cette attitude de Mame Cheikh Anta dans ces élections lui avait valu la colère de Blaise Diagne, l’adversaire de Ngalandou. Après avoir formenté de fausses accusations, Blaise avait donné l’ordre de l’interner jusqu’à Ségou de 1929 à 1935. Dans une déclaration, Serigne Mbacké Bousso a défendu la position de Borom Gawaan en prouvant sa bonne foi et son innocence et en démontrant que son accusation n’était, en fait, qu’une machination sans aucun fondement de vérité.

En réalité, cette déclaration était davantage un soutien moral et une dénonciation de cet acte odieux qu’une simple preuve d’innoncence de Mame Cheikh Anta. Elle illustre bien aussi la profondeur des relations des deux hommes.

Ses actions et réalisations

Borm Gawaan avait consacré toute sa vie aux œuvres profitables à l’ensemble des musulmans, à la contribution à la prospérité de la communauté mouride et au soulagement des souffrances des fidèles.

Ayant comme slogan ce verst du Saint Coran « Tout ce que vous dépensez dans la bonne cause, Dieu le saura », Mame Cheikh Anta avait toujours fait preuve d’une générosité légendaire dans les moments difficiles. Ses réalisations sont ainsi innombrabres, toutefois, nous tenons à en citer à titre d’exemples quelques unes :

  • lors d‚Äôune grave s√©cheresse il avait distribu√© aux sinistr√©s une quantit√© de riz estim√©e √† plusieurs milliers de tonnes ;
  • il prenait en charge et sauvegarder les infrastructures de la communaut√© contre les oppresseurs et les agresseurs ;
  • il soutenait les petits commer√ßants en leur accordant beaucoup de facilit√©s sur le plan financier ;
  • au compte de son ma√Ætre, il s‚Äôacquittait de certaines obligations familiales comme en 1922, c’est lui qui conduisit la d√©l√©gation que Khadimou Rassoul envoya √† Tivaouane pour pr√©senter ses condol√©ances lors du rappel √† Dieu de Seydi El hadji Malick SY ;
  • il intervenait beaucoup aupr√©s des autorit√©s coloniales, tant√¥t pour recueillir des informations concernant son fr√®re et ma√Ætre, tant√¥t pour demender le retour de ce dernier ;
  • il a am√©nag√© des routes √† Diourbel pour faciliter l‚Äôacc√©s des visiteurs √† la r√©sidence du Cheikh ;
  • il a √©t√© le premier √† faire imprimer un recueil de po√®mes compos√©s par le Cheikh ;
  • il a r√©alis√© l‚Äôun des v≈ìux chers du Cheikh en faisant le p√®lerinage √† la mecque en compagnie de Serigne Fallou Mback√© et d‚Äôautres pr√©destin√©s.

Son pèlerinage

Les péripéties de ce voyage sont racontées dans un récit écrit par Serigne Fallou lui-même.

Le 07 mars 1928, au nom de toute la communaut√© mouride et notamment √† la m√©moire de Serigne Touba, Mame Cheikh accompli le p√®lerinage aux Lieux Saints de l’Islam. Cette exp√©dition m√©morable fut effectu√©e en compagnie de Serigne Fallou MBACKE. Egalement de la partie, il y avait Serigne Mback√© BOUSSO, Serigne Moulaye BOUSSO, Serigne Tacko MBACKE (second fils de Mame Cheikh Anta). Trois de ses principaux talib√©s compl√©taient la d√©l√©gation. Il s’agit de : Serigne Modou Ndiaye DIOP, Serigne Ibrahima DIA, Serigne Mayoro FALL.

Mame Cheikh Anta finan√ßa enti√®rement l’exp√©dition de sa poche, depuis les billets en premi√®re classe jusqu’aux provisions consomm√©es durant tout le voyage. Les escales en France, au Caire, comme le s√©jour en Terre Sainte ont √©t√© impressionnants, tant Mame Cheikh, en aucune fois n’a l√©sin√© sur les d√©penses, pour assurer la qualit√© √† ses compagnons d’√©quip√©e.

Des Lieux Saints, il rapporta diverses reliques dont un manuscrit du Coran reconnu parmi l’un des plus anciens qui existe. Il rapporta √©galement les couvertures qui rev√™taient les mausol√©es du Proph√®te (P.S.L.) et de ses principaux compagnons (que Dieu les comble de bienfaits.) Ces couvertures serviront √† recouvrir les mausol√©es de Khadimou Rassoul et de ses principaux disciples. Mame Cheikh Anta se r√©serva celle de Seydina Hamza, un oncle et fid√®le compagnon du Proph√®te (P.S.L.), afin que son propre mausol√©e en soit par√© apr√®s sa disparition.

Ses relations avec le Cheikh et sa famille

Borom Gawaan entretenait d’excellentes relations aussi bien avec le Cheikh et ses proches qu’avec les autres.

Les profondes et exceptionnelles relations spirituelles qui le liaient √† son fr√®re et ma√Ætre depuis sa tendre enfance se sont renforc√©es au fil des ann√©es. Fid√®le entre les fid√®les, Mame Cheikh Anta a √©t√© l’une des rares personnes √† avoir rendu visite √† Serigne Touba dans son exil gabonais (il l’a trouv√© √† Lambar√©n√©). De ce voyage m√©morable, il a rapport√© des √©crits du Cheikh qu‚Äôil imprima par la suite. Il a √©galement rapport√© des directives destin√©es √† Mame Thierno Ibra Faty qui avait en charge les destin√©es de la communaut√© en l’absence du Ma√Ætre. Il a surtout rapport√© aux talib√©s la certitude que le Ma√Ætre √©tait bien vivant et qu’il allait revenir parmi les siens, contrairement aux informations distill√©es par l’autorit√© coloniale dans le but de les d√©moraliser.

Quant à ses liens avec ses proches et les autres figures du mouridisme, ils étaient bien connus : il jouisssait du respect et de l’amitié de tous sans exception aucune. Toutefois, l’amitié qui le liait à Serigne Mbacké Bousso et à Cheikh Mouhammad Fadel était singulière. Profondément touchés par sa déportation à Ségou, chacun lui avait témoigné son soutien ; l’un par écrit et l’autre par une visite qu’il lui a rendue à Ségou et au cours de laquelle il lui a prédit la fin des épreuves et son retour imminent à son pays.

Par ailleurs Mame Cheikh Anta avait tissé de vastes et bonnes relations avec le monde extérieur en raison de ses activités commerciales.

En somme, la vie de cette personnalité témoigne d’une ferme et sincère détermination, d’une vision extraordinaire et d’un dévouement inégalable au service du Cheikh, de ses disciples et de l’ensemble des musulmans.

L’importance et la portée de ses positions nous rappellent en effet le troisième khalifde l’Islam Sayyidina Ousmane ibn Affan que Dieu l’agrée de ses largesses.

Le fait que Cheikhoul Khadim lui ait confi√© Darou Salam, son premier village, et lui ait r√©serv√© l‚Äôhonneur de sa r√©ception √† son retour d‚Äô√©xil au Gabon illustrent parfaitement sa confiance et son estime pour son fr√®re et disciple Cheikh Anta. Ces festivit√©s, demeur√©es m√©morables, sont chaque ann√©e comm√©mor√©es dans la ferveur et l’enthousiasme. C’est le fameux Magal de Darou Salam qu’on peut consid√©rer comme le premier magal organis√© par la communaut√© mouride.

Borom Gawaan a été rappelé à Dieu en mai 1941 à Darou Salam où se trouve son mausolée.

Ses khalifs

L’œuvre de Mame Cheikh Anta a été perpétuée par des Khalifes qui ont pour caractère commun leur intransigeance contre les appâts des mondanités, leur rejet de la compromission avec le pouvoir temporel et le caractère tranchant de leur discours qui rejette tout ce qui n’est pas l’Islam et le service de Serigne Touba. Ainsi, se sont tour à tour distingués :

  • ¬†Serigne Modou Mamoune MBACKE (1941 -1969), celui-l√† m√™me que Serigne Touba a d√©peint comme un homme exempt de p√©ch√©.
  • ¬†Serigne Tacko MBACKE (1969 -1975) qui a accompagn√© son p√®re dans son p√®lerinage √† La Mecque. Les anciens s‚Äôaccordent sur sa ressemblance caract√©rielle avec Mame Cheikh Anta MBACKE, m√™me g√©n√©rosit√© discr√®te, m√™me jovialit√© conviviale.
  • ¬†Serigne Ibra MBACKE ¬´ Ndar ¬ª (1975 -1987), ainsi appel√© √† cause de ses origines saint-louisiennes. Il a laiss√© le souvenir d‚Äôun homme d‚Äôouverture qui a alli√© l‚Äôexercice du Khalifat de Mame Momar Anta Sally et celui de Borom Gawane. Avec lui, Darou Salam s‚Äôest adjug√© le record des contributions √† l‚Äô≈ìuvre de Serigne Touba.
  • ¬†Serigne Samme MBACKE (1987 -1998) connu pour sa haute √©l√©vation morale et spirituelle. Il a r√©fectionn√© et embelli le mausol√©e de Borom Gawane et assur√© l‚Äôextension de Darou Salam. On garde de lui le souvenir d‚Äôun homme g√©n√©reux, d√©sint√©ress√© et hospitalier.
  • ¬†Serigne Moustapha Thieytou MBACKE (1998-2001) √©tait un √©rudit doubl√© d‚Äôun travailleur infatigable. C‚Äô√©tait la discr√©tion faite homme. Comme Serigne Saliou, il √©tait ennemi du para√Ætre et des mondanit√©s. Il s‚Äôinvestissait √† fond dans les projets porteurs de progr√®s pour la communaut√©. D‚Äôailleurs, il √©tait tr√®s en phase avec Serigne Saliou dont il partageait les vues et ambitions pour le mouridisme.
  • Serigne Hamidoun MBACKE (2001-2009) fils de Soxna Mback√© bintou Mame Mor Diarra Mback√©, grand fr√®re de Serigne Touba et de Serigne Modou Mamoune Mback√©, fils a√Æn√© de Mame Cheikh Anta Mback√©, il a assur√© le Khalifat de son p√®re 13 ans durant et celui de son grand-p√®re pendant 8 ans. L‚Äôhistoire retiendra que c‚Äôest lui qui a ouvert le Khalifat des petits-fils √† Darou Salam. Rappel√© √† DIEU le soir du dimanche 22 f√©vrier 2009, c‚Äôest son demi-fr√®re, Serigne Ass Gu√©d√© Mback√©, et Imam de Darou Salam qui lui a succ√©d√©.

Que Dieu puisse l’agréer et bénir les actes de ses successeurs !

Serigne Mbacké Bousso

Serigne Mbacké naquit en 1864 à Mboussobé dans le Djolof. Il fit ses études coraniques auprès de son père, puis auprès de son homonyme l’oncle maternel de son père Tafsir MBACKE Ndoumbé. Ce dernier assura également une importante partie de la formation religieuse de Serigne Mbacké qui, par la suite, suivit des cours de théologie, de grammaire et de soufisme auprès de son cousin et ami, Cheikh Ahmad Bamba. Il mena des études supérieures en droit et en grammaire sous la conduite du célèbre professeur Samba Toucouleur KA.

 Rentré à Mbacké Baol où vivait sa famille, il secondait son père dans ses différentes tâches d’enseignement et de consultance religieuse (fatwa)… Profondément secoué par le décès de son père, l’exil de son cousin et ami Ahmad Bamba et l’incendie de ses livres survenus en 1895, il rejoignit Mawlay Nasir, un chérif Sénégalo-Marocain installé à Tivaouane à qui une très profonde amitié le liait. Serigne Mbacké fut son plus proche collaborateur dans le domaine de l’enseignement et de la consultance religieuse jusqu’à sa mort en 1901.

A son retour d’exil en 1902, Cheikh A. Bamba rappela Serigne Mbacké qui s’installa à Daroul Mannan, dans les environs de Touba où il fonda un village baptisé Al Azhar du nom de la célèbre université millénaire du Caire. Il y passa 20 ans puis il créa un autre village dans la banlieue nord de Touba, appelé Guédé du nom du village d’origine des Boussobés dans le Laaw, au Fouta. C’est là qu’il passa le reste de ses jours avec ses enfants, tout en poursuivant l’enseignement et la recherche et c’est de là également qu’il partit pour le pèlerinage à la Mecque en 1928 en compagnie d’une délégation de personnalités mourides comprenant Cheikh Anta MBACKE, Serigne Falilou MBACKE (2ème Khalife), Serigne Takko MBACKE, etc. Serigne MBACKE fut rappelé à Dieu en 1945.

Un des premiers disciples de Cheikh M. Bamba, Serigne MBACKE fut très attaché à ce dernier qu’il accompagnait à l’époque où le fondateur du mouridisme expérimentait les enseignements soufis pour lesquels il avait résolument opté. Ils se livraient ensemble à la retraite spirituelle marquée par des exercices de mortification et de privation censés polir l’âme et éliminer les obstacles charnels à l’élévation spirituelle.

Serigne MBACKE joua après l’avènement du mouridisme et sous l’autorité de son fondateur le double rôle de chargé de l’enseignement supérieur et de la diplomatie. Le premier rôle était pour lui un héritage familial et une obligation religieuse fondamentale. Quant au second, il s’y livrait par souci d’éviter l’aggravation des malentendus entre son cousin et maître et l’administration coloniale. Il employait ses dons incontestables d’écrivain pour rédiger des réponses très diplomatiques aux correspondances des autorités coloniales au Cheikh des Mourides.

Serigne MBACKE était sans doute le meilleur connaisseur de l’histoire du mouridisme pour avoir assisté à sa naissance et vécu son développement jusqu’au rappel à Dieu de son fondateur en 1927. Ensuite, il joua un rôle très actif dans la gestion des problèmes qui surgirent au sein de la communauté mouride dans les années 1927-1935. Ses interventions étaient d’autant plus déterminantes que l’homme jouissait de l’estime et de la confiance de tous pour son érudition, sa piété et son statut social.

Serigne Moussa K√¢

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Serigne Moussa Kâ, fils de Serigne Ousmane et de Sokhna Absatou Seck est né à Ndilki près de Mbacké Baol vers 1890. Il avait des liens de parentés très étroites avec son guide et maître Khadimou Rassoul, car il est lui aussi descendant de Mame Maharam Mbacké, ascendant de la famille des Mbacké.

 Homme de vaste culture et d’une extraordinaire ouverture d’esprit, Serigne Moussa a marqué son temps par l’importance de ses écrits pour la plupart dédiés à Serigne Touba. Malgré ses liens de parenté avec Cheikh Ahmadou Bamba, il s’identifiait toujours dans ses écrits comme le serviteur du Serviteur du Prophète (Khadimoul Khadim).

Serigne Moussa Kâ a aussi impressionné son époque par sa maîtrise de l’hagiographie de l’Islam, du mouridisme et de l’histoire du Sénégal. Ses nombreux écrits constituent une preuve éclatante.

Il maîtrisait parfaitement la généalogie des grandes familles du pays. C’est pourquoi tous les chercheurs de son temps s’intéressaient beaucoup à son œuvre et lui rendaient toujours visite. De nos jours encore les universitaires sont impressionnés par la richesse de l’œuvre de Serigne Moussa kâ.