Cheikh A Bamba face aux autorités coloniales
Dj√©wal : la rencontre avec les ennemis de l’Islam

djewol

Vers la fin du 19e si√®cle, alors que la politique de domination de la puissance coloniale √©tait totale ou en passe de l’√™tre, Cheikh Ahmadou Bamba ordonna √† ses disciples le mouridisme, un Islam authentique et d√©barrass√© de toute innovation. Le Cheikh entreprit alors de professer en public un culte exclusif √† ALLAH. Les foules affluaient de toutes parts vers Cheikh Ahmadou Bamba qui fonda alors en 1887 la ville de TOUBA pour mieux servir la Cause d’ALLAH.

L’influence de Cheikh Ahmadou Bamba devenait de plus en plus consid√©rable et ne manquait pas aussi de rendre jaloux certains chefs religieux traditionnels qui voyaient nombre de leurs disciples les quitter pour le Cheikh.

¬†D’autre part, la pr√©sence aupr√®s du Cheikh d’anciens membres de familles de r√©sistants √† l’imp√©rialisme, devenus nouveaux disciples, ne tarda pas √† susciter de vives inqui√©tudes chez les autorit√©s fran√ßaises dont la tutelle a toujours rencontr√© dans le pays une r√©sistance acharn√©e. Aussi, Cheikh Ahmadou Bamba ne tarda-t-il pas √† devenir l’objet d’une stricte surveillance. D’ailleurs, les craintes perp√©tuelles √©prouv√©es par les pouvoirs administrant de cette √©poque √† l’√©gard du Cheikh n’ont pas manqu√© d’√™tre soulign√©es dans les rapports adress√©s jusqu’en 1915 au Gouverneur du S√©n√©gal par ses administrateurs.

En l’an¬†1311¬†de l’H√©gire (1893¬†dans le calendrier gr√©gorien), au cours d’une retraite spirituelle, le Seigneur fit comprendre √† Cheikh Ahmadou Bamba que les nombreuses √©preuves inh√©rentes √† son destin ne sauraient l’atteindre tant qu’il resterait √† Touba qui est sous la protection de la toute-puissance divine et lui intima l’ordre de quitter la cit√© de TOUBA. C’est ainsi que le Cheikh quitta Touba pour se fixer dans le Djolof (province au centre du S√©n√©gal) √† MBack√© Baari.

Le¬†10 ao√ªt 1895, la troupe coloniale dirig√©e par le commandant Leclerc devait aller √† MBack√© Baari pour l’arrestation du Cheikh.

Le samedi¬†18 safar de l’an 1313 de l’h√©gire¬†(11 ao√ªt 1895), Cheikh Ahmadou Bamba sait que l’heure de la mission a sonn√© et quitta la r√©sidence qu’il avait construite √† MBack√© Baari pour l’acquisition et la diffusion de la science. Son d√©part con√Øcida avec le d√©part de Louga du Commandant de la troupe charg√©e de son arrestation). Ils se rencontr√®rent √† Dj√©wal au soir du m√™me jour.

Le Conseil Priv√© du¬†5 Septembre 1895¬†Cheikh Ahmadou Bamba d√©tenteur du flambeau de l’Islam Arr√™t√© √† Di√©wol, Cheikh Ahmadou Bamba est transf√©r√© au bureau du Gouverneur de l’administration coloniale √† Saint-Louis du S√©n√©gal.

Le Jeudi¬†5 Septembre 1895, √† neuf heures du matin, Cheikh Ahmadou Bamba est traduit devant le Conseil Priv√© de Saint-Louis qui doit statuer sur son cas. D’apr√®s l’historien Serigne Moussa Ka, le lieutenant Yoro Coumba Sow et l’interpr√®te Doudou Seck Bouel Mogdad √©taient pr√©sents lors de la rencontre. La phobie de l’administration coloniale √† l’endroit de tout mouvement islamique font que les jugements rendus au Conseil Priv√© constituent souvent des proc√®s d’intention au chefs religieux. Dans le rapport de Merlin, directeur des affaires politiques au Conseil Priv√© du 5 septembre 1895, on peut lire ceci:

« Les agissements des ses talib√©s [disciples] et le pass√© m√™me du marabout [Cheikh Ahmadou Bamba] montrent clairement que nous avons affaire en lui √† un homme fort intelligent, tr√®s avis√©, habile √† ne pas se compromettre, et dont l’esprit d’hostilit√©, les projets de conqu√™te, les r√™ves d’ambition sont certains et poursuivis avec une obstination qui, si elle d√©note un esprit de beaucoup sup√©rieur √† celui de ses¬†cong√©n√®res, n’en est que plus dangereuse √† notre influence… »

Cheikh Ahmadou Bamba fit une pri√®re de deux rakkas dans le bureau du Gouverneur avant d’adresser la parole au Conseil pour lui signifier sa ferme intention de ne se soumettre qu’√† ALLAH. Par cette pri√®re symbolique et cette prise de position t√©m√©raire dans le sanctuaire des n√©gateurs de l’Islam, Cheikh Ahmadou Bamba venait d’impulser une nouvelle forme de r√©sistance non violente aux vis√©es √©vang√©listes du colonisateur. Se fondant sur des rumeurs et des affabulations, le Conseil Priv√© d√©cida de la d√©portation du Cheikh « en un lieu o√π ses pr√©dications fanatiques n’auraient aucun effet ». Ils d√©cid√®rent de l’exiler dans la for√™t √©quatoriale du Gabon, o√π le Cheikh s√©journa pendant sept ans et neuf mois.

L'exil de Serigne Touba: l'étape du Gabon

L’exil au Gabon (1895-1902) :¬†l’√©preuve

L’exil d’un sah√©lien vers une r√©gion √©quatoriale humide ressemble √† une condamnation √† mort d√©guis√©e. La d√©portation de Cheikh Ahmadou Bamba vers le Gabon ob√©it aux cyniques m√©thodes de l’autorit√© coloniale qui n’h√©sitait pas √† damner et d√©porter vers des contr√©es hostiles (Gabon, Guyane, Nouvelle-Cal√©donie, etc.) les √©l√©ments jug√©s dangereux ou g√™nants livr√©s face √† l’animosit√© des convoyeurs en mer, aux maladies end√©miques ou aux climat hostile.

Les d√©tails du voyage du Cheikh Ahmadou Bamba ne sont pas connus avec exactitude. Il embarqua le Vendredi 21 septembre 1895 (1er du mois islamique de Rabi) √† bord du paquebot ¬† »Ville de Pernambouc« ¬†et n’apprit sa destination qu’une fois √† bord.

Alors que l’Almamy Samory Tour√© (un grand r√©sistant √† la colonisation fran√ßaise) √©tait parti avec une suite et quatre femmes, le Cheikh, lui, avait refus√© toute compagnie (femme, enfants, disciples). Le navire fit deux escales: la premi√®re √†¬†Conakry en Guin√©e, la seconde apr√®s¬†le golfe de Guin√©e.

Deux th√®ses s’affrontent concernant cette deuxi√®me escale:

selon la premi√®re,¬†l’escale suivante fut Libreville, au nord de la c√¥te gabonaise.

La deuxi√®me th√®se soutient qu’un incident technique emp√™cha le navire d’accoster √† Libreville et que tous les passagers furent amen√©s au¬†port de Matadi sur le territoire de l’ex-Congo belge. De l√†, le navire longea la c√¥te gabonaise avant d’atteindre Libreville. Cette seconde semble √™tre la bonne puisque le Cheikh l’√©voque dans ses po√®mes.

Mayumba¬†La destination finale du Cheikh fut Mayumba au Gabon, endroit infest√© de mouches ts√©-ts√©. Il s’est av√©r√© que le Cheikh ne touchait pas sa rente et ne mangeait pas ce qu’on lui apportait; on ignore comment et de quoi il se nourrissait. Il passait ses journ√©es √† prier, √† m√©diter et √† √©crire et conservait ses √©crits dans des malles qu’il tra√Ænait √† l’abri d’une cabane au moment des pluies.

Deux incidents assez obscurs se déroulèrent à Mayumba.

Le premier se produisit lorsqu’on tenta d’isoler totalement le Cheikh en l’abandonnant sur l’√Ælot d√©sert de Wir Wir, simple roche recouverte par la mer √† haute mar√©e, en compagnie de¬†Samba Laob√© Penda Fall, Bourba (roi) du Djolof, accus√© par l’autorit√© coloniale. Les deux d√©port√©s seraient miraculeusement revenus √† terre avant m√™me les marins qui les y avaient amen√©s.

Le second incident eut lieu sur la plage de Mayumba:¬†un projet avait √©t√© √©labor√© de fusiller le Cheikh mais les soldats y auraient renonc√©, saisis de peur devant l’apparition « d’anges mont√©s sur des chevaux ». Plus tard, le Cheikh r√©v√©la que les compagnons du Proph√®te (Paix et Salut sur Lui) √©taient venus lui porter secours.
Le Cheikh resta cinq ans √† Mayumba « Cinq ann√©es durant lesquelles, j’ai souffert et men√© le combat contre mon √¢me charnelle et les illusions« . C’est aussi durant son exil √† Mayumba qu’il renon√ßa aux miracles – apanage des saints – pour se consacrer √† la purification de son √¢me et qu’il obtint l’Inspiration et l’Agr√©ment d’ALLAH.

¬†¬†¬† « C’est dans ce lieu, √©crit-il, qu’ALLAH m’a montr√© toutes mes imperfections et m’a purifi√© de celles-ci, au point qque j’√©tais devenu le Serviteur de l’Envoy√© (le proph√®te Mouhammad, b√©ni soit-il). »¬†

« Je me suis entretenu avec ALLAH – qu’il est Exalt√© et Sublime – durant ces ann√©es, √† travers des √©crits qu’il n’est pas permis et ne sera jamais permis de divulguer »

« Celui qui est afflig√© de ma qualit√© de Serviteur du Proph√®te lors de mon exil, ignore les secrets de mes vertus : mon seul but, en dehors des versets du Coran, est la Tradition Authentique de l’Elu (Mouhammad Al-Mustafa), le Plus Pur, sur lui les deux saluts de Celui qui fait don de sa Guid√©e. »

Lambar√©n√© Apr√®s cinq ans d’une existence dont les p√©rils, l’insalubrit√© et les privations ne semblent avoir eu aucun effet sur lui, l’administration l’envoya √† Lambar√©n√©, au nord du Gabon, dans un petit poste perdu dans la jungle √©quatoriale. A propos de ce s√©jour de pr√®s de trois ans, le Cheikh √©crira:

« J’ai subi [l√†] des √©preuves telles que seul le retrait de l’√¢me [l'agonie] est plus p√©nible. »

Toutes ces √©preuves ne firent qu’augmenter la pi√©t√© du Cheikh, et l’enrichirent d’une sublime exp√©rience mystique qui lui inspira de magnifiques po√®mes.
Malgr√© les conseils de son entourage, le Cheikh se refuse √† toute d√©marche aupr√®s des autorit√©s coloniales pour solliciter son rappatriement, pr√©ferrant attendre sa lib√©ration d’ALLAH.

Ainsi, lorsque le Gouverneur G√©n√©ral lui accorda la « gr√¢ce » en ao√ªt 1902,¬†il revient dans son pays (le 11 novembre 1902 √† bord du navire « La Ville de Mace√Øo »)¬†int√©rieurement plus riche et plus grand qu’il n’en √©tait parti.

C’est l√† que r√©side le v√©ritable miracle du Cheikh, signe d’une saintet√© qui lui permettait de vivre, non dans la douleur et les privations, mais au-dessus d’elles, dans la s√©r√©nit√© la plus parfaite, non sur terre, mais en ALLAH.

La mise en résidence obligatoire du Cheikh en Mauritanie (1903 Р1907)

De retour de l’exil du Gabon, Cheikh Ahmadou Bamba poursuivit l’√©ducation de ses disciples. La dimension universelle de ce Serviteur du Proph√®te, authentique¬† »Qutb« ¬†[1] (p√¥le de son √©poque) ne tarda pas √† se manifester et l’on vint lui rendre visite de tous les horizons, comme ce fut le cas de ce Cherif de M√©dine (la ville du proph√®te Mouhammad -PSL), Mawlay Ahmad Tibri qui fit imprimer des exemplaires de « Masaalik-ul Jinaan » (un trait√© de soufisme du Cheikh) ou de ce descendant d’Abu Bakr Siddiq (khalif de l’Islam) qui vint de la Mecque pour rendre visite au Cheikh.

Le nombre des adeptes du Cheikh ne cessait de cro√Ætre et le d√©veloppement fulgurant de l’enseignement du Cheikh (le mouridisme) demeurait une source d’inqui√©tude pour les colonisateurs qui se sentaient menac√©s √† terme. Les pers√©cutions reprirent et le Cheikh fut √† nouveau accus√© de stocker du mat√©riel de guerre. C’est alors que les colonisateurs d√©cid√®rent de l’exiler en Mauritanie, o√π se trouvaient de grands hommes de Dieu connus et reconnus comme tels par les S√©n√©galais. Ils esp√©raient ainsi r√©duire le prestige du Cheikh Ahmadou Bamba et par cons√©quent la ferveur de ses disciples.

Le Cheikh fut arr√™t√© le 13 juin 1903 et envoy√© en r√©sidence surveill√© √† Saout-Elma¬†(en Mauritanie). Il partit satisfait de son destin, en laissant √† ses disciples des directives claires, √† savoir n’adorer qu’ALLAH, vivifier la tradition du Proph√®te Muhammad (Paix et Salut sur Lui), se livrer √† l’enseignement et au travail loin des futilit√©s de ce bas-monde.

Pendant cet exil, le Cheikh fut sans cesse transf√©r√© d’un camp √† un autre.¬†C’est durant cette p√©riode, √† la suite d’une vision du Proph√®te, que le Cheikh obtint son wird : un wird exempt d’innovations, enti√®rement bas√© sur le Coran et la tradition proph√©tique.

Selon un √©crit de Cheikh Ahmadou Bamba, le wird lui a √©t√© donn√© par le Proph√®te Mouhammad (PSL) « √† l’√©tat de veille et non en sommeil, et ce en l’an 1322 de l’H√©gire du Proph√®te dans une localit√© appel√©e Sarsara, au cours du mois de Ramadan, « mois dans lequel on a fait descendre le Coran comme guide pour les gens et preuve [et moyen] de discernement » (Coran 2;185).

ALLAH et garant de nos propos. » Ceux dont la renomm√©e devait √©clipser celle du Cheikh se jet√®rent √† ses pieds et lui offrirent la meilleure hospitalit√©, en remerciant le Seigneur de leur avoir envoy√© le p√¥le de son temps, l’h√©ritier du Proph√®te (Paix et Salut sur Lui).

Le Cheikh inaugurant ainsi une √®re nouvelle dans l’histoire de l’Islam et de l’homme noir, d√©montrant que tous les hommes sont issus de la m√™me √¢me, et ne se surpassent que par la crainte r√©v√©rencielle qu’ils vouent √† leur Cr√©ateur.

Reconnaissance par le Colonisateur de la Victoire du Cheikh.¬†En 1907, Cheikh Ahmadou Bamba est autoris√© √† rentrer au S√©n√©gal, √† la suite d’une demande du Gouverneur de Mauritanie √† son homolgue du S√©n√©gal.¬†Pour autant la m√©fiance des autorit√©s coloniales √† l’√©gard du Cheikh n’est pas abolie.

Le Cheikh est autoris√© √† s’√©tablir au village de Thi√©yenne¬†(dans le Dioloff) et des mesures sont prises pour limiter l’affluence des foules vers le Cheikh.

Le 13 janvier 1911,¬†le Cheikh s’installe √† Diourbel (dans le Baol), o√π il fait recopier par 17 de ses scribes de grandes quantit√©s de manuscrits du Coran et de livres de sciences destin√©s √† √™tre diffus√©s.

En 1915, apr√®s deux ann√©es et demie de s√©jour dans le Baol, le R√©sident de l’√©poque devait dans un dernier rapport, sans doute le seul objectif depuis 1895 sur le guide spirituel mouride, s’adresser en ces termes aux instances de l’A.O.F (Afrique Occidentale Fran√ßaise):

« Apr√®s deux ann√©es et demie de s√©jour, d’observation et de commandement dans le Cercle du Baol (S√©n√©gal), j’ai l’honneur de vous exposer les remarques que j’ai pu faire sur Ahmadou Bamba et ses Mourides. Dans les premiers mois de mon s√©jour √† Diourbel, je vous ai adress√© plusieurs rapports au sujet de mes contacts avec le Serigne et ses Mourides. Par ces documents vous avez pu voir que si mes premiers rapports avec Ahmadou Bamba ne furent pas tr√®s confiants, ils ne tard√®rent pas √† s’am√©liorer et Ahmadou Bamba fut mis rapidement en confiance ».

Le R√©sident, apr√®s avoir insist√© sur l’aide appr√©ciable que lui a apport√© Ahmadou Bamba pour le recrutement de tirailleurs et sa contribution efficace au secours national (guerre de 1914-1918, notamment contre l’Allemagne) d√©clarait:

« Dans son √©tude sur Ahmadou Bamba et les Mourides, M. l’officier interpr√®te R. Marty lui pr√™te des intentions de r√©unir entre ses mains la puissance temporelle √† la puissance spirituelle. Dans plusieurs de nos conversations, j’ai parl√© au Serigne des projets qui lui √©taient attribu√©s. Il s’en est d√©fendu et m’a d√©clar√© que ses rapports avec les chefs politiques du pays avaient √©t√© les m√™mes que ceux qu’il avait eu avec nous. Le Damel du Cayor, le Teigne Gogne et bien d’autres chefs, etc…. avaient pendant leur r√®gne, recommand√© qu’on le laisse en paix et qu’on lui donne la tranquillit√©. Il aime √† le rappeler. »

« Nous sommes certains que Ahmadou Bamba n’aspire qu’√† la tranquillit√©, √† la libert√© de se livrer sans entrave √† ses √©tudes th√©ologiques, juridiques et litt√©raires. Chacun s’accorde √† reconna√Ætre qu’il est remarquablement instruit en arabe (langue et litt√©rature) et a des connaissance surprenantes sur les ≈ìuvres des auteurs arabes pour un Noir du S√©n√©gal qui n’est pour ainsi dire pas sorti de son pays. »

« En ne le m√™lant pas aux infractions dont les talib√©s se rendaient coupables, nous nous trouvions √™tre dans la v√©rit√©, car il n’avait aucune responsabilit√© dans ces actes et le plus souvent, c’est par nous qu’il apprenait lorsque nous avions l’occasion de lui en parler. » « Il est tr√®s charitable et donne √† ceux qui se pr√©sentent; il est constamment en butte aux importunit√©s des qu√©mandeurs. Tout l’argent dont il dispose est employ√© en aum√¥ne, en cadeaux √† ses cheikh, √† l’entretien de certains de ses parents et de ses fid√®les et surtout √† l’achat de livres etc. Son influence sur ses compatriotes est consid√©rable, non seulement sur ses propres adeptes mais aussi sur tous les autres musulmans qui le d√©clarent un Saint Marabout, le plus pieux et le meilleur serviteur de Dieu qui a obtenu du Tr√®s Haut des gr√¢ces sp√©ciales »

« En le traitant avec la d√©f√©rence que l’on doit avoir √† l’√©gard d’un homme √¢g√© et respect√© par ses compatriotes et qui a conscience de cela, nous avons rapidement acquis sa confiance. Nous pouvons dire que Ahmadou Bamba n’est pas un ingrat car il a conserv√© une r√©elle reconnaissance √† ceux qu’√† tort ou √† raison il consid√®re comme ayant agi en faveur du mouridisme »(Extraits du rapport de fin de s√©jour sur Ahmadou Bamba, adress√© en 1915 au Gouverneur G√©n√©ral de l’A.O.F. par le R√©sident du Baol.)

Ces citations r√©v√®lent sans doute implicitement, les erreurs des pouvoirs administratifs de 1895 qui, hant√©s par le souvenir des marabouts conqu√©rants, avait plac√© le fondateur du mouridisme dans la perspective de cette √©poque agit√© de colonisation. M. Merlin, directeur des Affaires politiques de la Colonie, a tenu √† l’√©gard du Cheikh, les propos suivants:

« La plus grande preuve de sa sinc√©rit√© dans son entreprise est qu’il se consacre √¢me et corps √† sa religion. Se sacrifier dans l’int√©r√™t de la religion est, pour lui, la chose la plus facile … ».

La v√©rit√© est ce que reconnaissent les ennemis. Le 28 avril 1916, le Gouvernement G√©n√©ral de l’Afrique Occidentale Fran√ßaise nomme le Cheikh Ahmadou Bamba, membre du Comit√© consultatif des Affaires Musulmanes.

Mais le Cheikh, fid√®le √† son attitude de toujours, s’√©cartait des chefs de ce bas-monde pour se consacrer √† l’adoration d’ALLAH et √† l’√©ducation spirituelle des musulmans, si bien qu’il n’alla jamais si√©ger dans ce comit√©.¬†En 1925, soit deux ann√©es avant son retour au Seigneur, le Cheikh obtient l’autorisation de la construction de la Mosqu√©e de Touba, mosqu√©e qui sera inaugur√© le 7 juin 1963.

[1] [Pôle : "Al Qutb"; il est au sommet de la hiérarchie mystique des hommes d'ALLAH (Rijâlu l-lâhi). Il est l'héritier du Prophète et ALLAH lui dispose la destinée des êtres humains dans la période prophétique à laquelle il préside. Il connaît la Loi Pure (législation contenue dans les Livres révélés) et la Vérité Radieuse (contenue dans la Tablette bien gardée). Il passe par tous les stades de la hiérarchie mystique avant d'être promu à la dignité polaire par Muhammad, l'Envoyé d'ALLAH.]

Témoignages sur Serigne Touba

Le Saint Homme de Touba fait partie des mystères de Dieu dont la véritable dimension ne peut être cernée par le simple croyant. Tous les témoignages des Saints de son époque convergent sur ce point.

Voici ce que disent du Cheikh quelques uns de ces √©minents t√©moins qui l’ont connu dans la mystique.

« Voici des extraits d’une lettre adress√©e par Cheikh Saad Bou Ab√Æb √† Cheikh Ahmadou Bamba [Cheikhal Khadim Rassol : le Serviteur du Proph√®te -PSL].
« Cheikh Sahada Ab√Æd (qu’ALLAH le prot√®ge) a dit de Cheikhal Khadim (qu’ALLAH le prot√®ge). »
« Il est [Cheikhal Khadim] une aubaine descendue sur l’humanit√© »
« Il est un des ph√©nom√®nes d’ALLAH. »
« La nature qui avait jur√© de nous ramener un ph√©nom√®ne pareil, A menti et doit r√©parer ce blasph√®me … »
Pour essayer de comprendre la v√©ritable dimension de Cheikh Ahmadou Bamba, jetons un coup d’oeil sur un extrait de la lettre historique que Cheikh Saad Bou Ab√Æb a adress√© au Ma√Ætre, √† son retour d’exil, alors qu’il avait √©lu domicile √† Diourbel:
« L’objet de cette lettre est de deux choses:
« Premi√®rement, ne m’oublie pas ici [dans ce monde ci] et l√†-bas [√† l'autre monde].
« Deuxi√®mement, n’oublie pas la descendance de MUHAMMAD (PSL) ici et la-bas. »"
Cheikh Saad-Bou Abib, , petit fils du Prophète (PSL)

« Ce pamphlet a √©t√© envoy√© en 1922 √† Cheikh Ahmadou Bamba en guise de remerciement par Cheikh Oumar Kourdiyou, alors imam de la sainte cit√© du Proph√®te (PSL), M√©dine. Les M√©dinois, troubl√©s par la politique de l’√©poque, avaient √©t√© inqui√©t√©s de plus en plus par les bandits et m√™me par le Pouvoir de l’Etat. Ils form√®rnt une d√©l√©gation assez importante qui vint jusqu’√† Diourbel, solliciter des pri√®res aupr√®s du Ma√Ætre. Il pria pour eux et la situation redevint normale dans la r√©gion. A la suite de ce bienfait, les M√©dinois adress√®rent cette lettre √† Cheikh Ahmadou Bamba.

« La lumi√®re de ta Wilaya est d’une preuve irr√©futable.
Qu’on ne retrouve que chez les Saints tr√®s purs.

Si tu veux voir une lumière sainte authentique,
Observe bien celui-l√† qui a d√©livr√© l’Afrique de l’ignorance et des t√©n√®bres.

C’est le Ma√Ætre qui a fait de toute son existence
Glorification et remerciements à ALLAH et à son Prophète (MUHAMMAD)

C’est le Ma√Ætre de la v√©rit√©, de la « Tar√Ækha » et de l’honn√™tet√©
Venu pour entrainer l’Univers vers la pr√©cision dans la v√©ritable croyance.

Et quand toutes les connaissances seront rassembl√©es comme la lune au dessus de la terre, la sienne sera la source o√π toutes les autres viendront s’abreuver.

Quand toutes les connaissances seront pr√©sentes, la sienne sera l’oc√©an
Où tous les Saints viendront puiser, dans sa bonté illimitée.

O toi « serviteur du choisi » aux secrets ind√©finissables,
Ces secrets auréolés de lumière que nul ne peut dénombrer,
Ton image illuminée est descendues sur la terre sainte de Médine.

Et tout le monde est revivifié par ton souffle bienfaiteur!
Et tous par ma voix, t’adressent leurs respectueux remerciements
En honorant ainsi ton incommensurable personnalité

Nous sollicitons auprès de toi, une assistance
Qui nous apportera tous les bienfaits que nous envieront nos ennemis,
Parce que tu es notre Protecteur qui nous otera nos malheurs
Pour nous couvrir de bonheur dont bénéficieront ceux qui te suivent de près et même de loin.

Regarde nous donc de ton regard sain qui nous lave de nos souillures,
De ce regard qui extirpe de nos âmes les maux apparents et le caché des maux!

O, Maître, aie pitié des habitants de notre terroir!
De cette pitité si immense et si sincère qui enthousiasme le Prophète,

Que la meilleure pri√®re d’ALLAH s’accomplisse sur Lui
Et qu’ALLAH te paie tant que seront le ciel et la terre. »

(Traduction de Assane Sow, Professeur licencié en arabe,
Lyc√©e Cheikh Oumar Foutiyou, Saint-Louis, S√©n√©gal) »

Cheikh Oumar Kourdiyou, imam de Médine

« Louanges √† ALLAH qui nous a donn√© l’Islam, la croyance et les bienfaits, qui nous a √©lu pour suivre notre maitre Mouhammad, les gr√¢ces et la paix sur lui et sur ses illustres Compagnons.

Apr√®s avoir fait la connaissance de ce grand savant, le plus g√©n√©reux des hommes le plus g√©n√©reux des hommes le plus le plus pieux et le plus sage, le soleil et la lune des sciences, le bienfait de Dieu Ahmed Ibn Mohammed Ibn Habiballah, l’aim√© de Dieu, souhaitons que le Seigneur le prot√®ge, l’√©l√®ve et le rende heureux. Je tente toujours davantage de me rapprocher de lui pour obtenir un peu de sa joie et de sa sagesse. H√©las, si la vue de ces demeures et la nostalgie ne m’avaient pas consum√© de chagrin je ne serais pas venu pleurer sur les ruines.

Allons demander des nouvelles de leurs occupants et pleurer leur disparition. Nous avons vers√© plus d’une larme. Tant de sentiments, l’amour les exige d’un amant, il ne faut pas lui en vouloir. Plus d’une fois mon attachement profond s’est manifest√©. J’ai tant souffert avant de rendre visite au Serviteur du proph√®te, le guide et l’√©lu. Avec ses conseils j’ai pu vaincre le diable et les d√©sirs illicites, trouvant ainsi la joie et le bonheur. Tous ont besoin de ses conseils, malgr√© la foule, il faut aller le voir. Il a guid√© le monde et ALLAH l’a aid√©. Chassez de votre esprit toute id√©e malfaisante que puisse vous en √©loigner.

Objet d’amour et de respect, la pluie de sa g√©n√©rosit√© apaise la soif. Heureux ceux qui vivent avec lui en paix et en s√©curit√©. Tous mes probl√®mes ont √©t√© r√©gl√©s par le Cheikh que sa grandeur a √©lev√© au-dessus de tous. Je me suis donn√© enti√®rement √† Cheikh El Khadim, mes ruisseaux et mes rivi√®res se jettent dans son oc√©an et dans ses mers. « 

Cheîkh Hâjj Mohammed Abdallah al-'Alawi,