Qu’est ce que le Mouridisme?

Au del√† du souci de former un ordre religieux (confr√©rie), Cheikh Ahmadou Bamba s’est avant tout souci√© de ce que doit √™tre le musulman, de ce qui constitue g√©n√©ralement sa vie spirituelle, des devoirs qui lui incombent dans les diverses circonstances de sa vie.

Si l’on se r√©f√®re aux √©crits de Cheikh Ahmadou Bamba, le mouridisme constitue un cadre d’√©l√©vation spirituelle et sociale du musulman et le disciple du Cheikh (le mouride) est le musulman qui « travaille » les trois composantes de la religion musulmane:

  • L’iman ou la profession de Foi,
  • L’islam ou les pratiques cultuelles de soumission √† ALLAH et
  • L’ihsan ou la perfection spirituelle.
L'Iman

L’iman, est la foi en ALLAH et au Proph√®te Muhammad (PSL) comme le dernier des envoy√©s, celui qui termine le processus de la r√©v√©lation monoth√©iste. Cette r√©v√©lation constitue un processus continu qui a d√©but√© avec Adam et qui se termine avec Muhammad (PSL), le sceau des proph√®tes, en passant par l’ensemble des proph√®tes (Abraham, Mo√Øse, J√©sus, etc.)

L’Iman implique donc l’acceptation des livres et paroles de ces proph√®tes (Torah, psaumes de David, Evangile) ainsi que la croyance en l’existence de cr√©atures autres que les hommes, notamment les anges dont le plus connu est Djibril (Gabriel).

Le disciple doit aussi, accepter le Décret divin selon lequel la force ou la grâce divine se manifeste en toute chose.

L'Islam

C’est cette √©tape qui donne son nom √† la religion musulmane : l’islam (la soumission √† ALLAH). Elle consiste en la pratique de la foi et en l’ob√©issance aux pr√©ceptes de l’Islam. Elle commence avec la « shadada », dit « t√©moignage de l’islamisme ».

Cette formule (« Il n’existe de divinit√© en dehors d’ALLAH et Mouhammad est son Envoy√© ») constitue l’identit√© du musulman et toute personne qui la prononce, convaincue de son contenu, ira demain au Paradis. Il suffit de se rendre compte qu’elle est appel√©e « le prix du Paradis de notre Seigneur » .

L’Islam s’accompagne de pratiques cultuelles obligatoires tels la pri√®re (« salat »), le je√ªne du mois de Ramadan, l’aum√¥ne l√©gale (« zakat ») et le p√©l√©rinage aux lieux saints de l’Islam (La Mecque et Medine) pour qui en a les moyens.

La pri√®re a lieu cinq fois dans la journ√©e et constitue un rappel pour l’individu sur ses obligations cultuelles.

Le je√ªne du mois de Ramadan vise, au-del√† de l’abstinence de toute nourriture, √† rendre l’individu plus humain envers les plus n√©cessiteux.

L’aum√¥ne l√©gale (« Zakat « ) remplit √©galement une fonction sociale et peut √™tre interpr√©t√©e comme une forme de redistribution de revenus.

Le Pèlerinage à la Mecque, vise à faire une introspection, un retour sur soi, un début de perfectionnement de son comportement et de ses pratiques cultuelles

Le disciple de Cheikh Ahmadou Bamba (mouride) doit apprendre et pratiquer tous ces √©l√©ments en vue d’aboutir √† la troisi√®me √©tape plus longue et qui constitue v√©ritablement le soufisme.

L'Ihsan

Cette derni√®re √©tape est la science de l’embellissement des actes. Le disciple, dans son comportement et sa mani√®re de vivre doit √™tre en accord avec la religion par un combat permanent contre son √¢me charnelle en vue de se d√©barrasser de ses vices.

C’est l’√©tape la plus difficile et c’est l√† que le disciple suit, voire imite les attitudes de son guide. Le disciple devra avoir un esprit critique et de discernement, notamment dans le choix du guide.

Le rôle du guide spirituel

L’√©tape du perfectionnement spirituel est tr√®s difficile et pour √©viter au disciple de tomber dans les pi√®ges de Satan, la compagnie d’un guide spirituel (Cheikh) sera une n√©cessit√©. Le guide, faisant partie de l’Intimit√© avec ALLAH gr√¢ce √† sa parfaite conviction, √† l’exclusivit√© de son culte et √† sa conduite excellente, permettra au disciple de se d√©partir de ses vices (apparents et cach√©s) et de mieux combattre son √¢me charnelle.

Cette n√©cessit√© de se soumettre aux Savants (les guides spirituels) d√©coule du fait que « Seuls les Savants craignent ALLAH » (Coran 35; 28); que « Seuls les Savants se rappellent (d’ALLAH) » (Coran 39; 8 et 58; 11) et que « Seuls les Savants comprennent (les paraboles coraniques) » (Coran 29; 43). L’homme ne peut devenir savant que par l’√©tude aupr√®s de v√©ritables savants.

Le r√¥le du guide spirituel est donc crucial dans l’√©levation spirituel du disciple et le choix du guide doit √™tre bien r√©fl√©chi. Dans son ouvrage « Massalik-ul-Jinaan » (vers 1467), Cheikh Ahmadou Bamba met en garde le disciple:

« N’accorde point ta confiance √† quiconque se pr√©sente sous les apparence d’un Cheikh √† notre √©poque. »

Qu’est ce qu’un guide spirituel ?

Le guide spirituel jouit, par son exemplarit√© et sa pi√©t√©, d’une relation privil√©gi√©e (walaya) avec ALLAH. Il doit aussi poss√©der le potentiel n√©cessaire pour parvenir √† l’union spirituelle avec ALLAH et acc√©der √† la gnose, la connaissance intuitive de la v√©rit√© divine (haqiqa) par l’effort contemplatif et la m√©ditation.

Ce cheminement se fait sous la direction d’un ma√Ætre soufi qualifi√© (Cheikh ou pir) ayant lui-m√™me r√©alis√© la gnose et commence toujours par la « repentance » de l’initi√©. Le ma√Ætre transmet alors √† son disciple l’influence spirituelle (baraka) qu’il a lui-m√™me re√ßue de son propre ma√Ætre √† travers la cha√Æne initiatique (silsila) ininterrompue de ma√Ætre √† disciple dont l’origine remonte au proph√®te Mouhammad (PSL).

Ce degr√© de mysticit√© est une gr√¢ce accord√©e par ALLAH au soufi de toute √©ternit√© mais que l’initi√© doit cependant r√©aliser en s’engageant dans une voie spirituelle ardue (tariqa) jalonn√©e de plusieurs √©tapes (maqamat) et d’√©tats (halat).

Tous les Cheikh n’atteignent pas ce niveau de mysticit√© et Cheikh Ahamadou Bamba distingue trois sortes de Cheikh, dans son ouvrage « Hikmatul khadim »:

  • le Cheikh Tahlim (enseignant)
  • le Cheikh Tarbiya (√©ducateur)
  • le Cheikh Tarqiya (qui √©l√®ve l’√¢me)

Le Cheikh qui enseigne (« tahlim »)

Il se distingue par trois qualités:

  • Il dispose d’un savoir bas√© sur le Coran, la Sunna, un bon entendement pour appuyer son enseignement
  • Il dispose d’une bonne expression orale pour faire passer son message plus facilement
  • Il sait discerner le bon du mauvais savoir, il est v√©ridique en toutes circonstances et sait faire preuve d’humilit√©.

Le Cheikh Educateur (« tarbiya »)

On le reconnait à trois choses:

  • Ce guide doit connaitre son disciple, sa psychologie, son √¢me charnelle et son √©tat mystique dans ce qui est apparent (« z√¢-ir ») et ce qui est cach√© (« b√¢tinn »). Il sait exploiter les connaissances qu’il a du disciple pour d√©velopper ses qualit√©s et affaiblir ses d√©fauts.
  • Il connait l’univers (« wuj√ªd ») et sait comment int√©grer l’individu dans son environnement et la soci√©t√©. Il doit comprendre la m√©tamorphose du monde, la « sharia » et les coutumes.
  • Enfin, pour √©duquer le disciple, il doit tenir compte des r√©alit√©s sociales selon l’espace et le temps et mettre chaque chose √† sa juste valeur, non pour son plaisir personnel mais pour l’int√©r√™t du disciple.

Le Cheikh qui √©l√®ve l’√¢me (« tarqiya »)

Il se reconnait par certaines choses:

  • Le fait de le voir incite √† adorer ALLAH
  • Ses propos provoquent le « hal » (un √©tat mystique) chez le disciple
  • Sa pr√©sence fait penser √† ALLAH ou √† l’√©voquer
  • A sa mort, c’est ALLAH qui le remplace aupr√®s du disciple
  • Evoquer son nom nous baigne dans la lumi√®re divine
  • Le fait de le fr√©quenter ouvre la porte des myst√®res
  • De sa lumi√®re, il abreuve l’adepte.